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Fichiers et couleur

Vérifier un fichier Illustrator avant de l'envoyer à l'imprimeur : 10 contrôles

Publié le Mis à jour le 8 minutes de lecture

Illustrator ne dispose pas d'un panneau de contrôle en amont comparable à celui d'InDesign : la vérification se fait à la main, et elle prend un quart d'heure. Quatre panneaux suffisent, les liens, l'aperçu des séparations, l'aperçu de la surimpression et le nuancier, et ils attrapent dix erreurs qui représentent la quasi-totalité des motifs de renvoi d'un fichier par un prépresse. Aucune ne se voit à l'écran en affichage normal, et c'est précisément ce qui les rend coûteuses.

Les images : liens rompus, images non incorporées, définition insuffisante

Trois contrôles, un seul panneau : le panneau Liens, qui liste toutes les images importées du document.

Contrôle 1, les liens manquants ou modifiés. Une image importée par lien n'est pas dans le fichier Illustrator : seul un chemin vers le disque y figure, et le fichier n'embarque qu'un aperçu basse définition. Si le fichier d'origine a été déplacé, renommé ou laissé sur un serveur auquel l'atelier n'a pas accès, le lien est rompu. Le panneau signale ces états par une icône, et propose de rééditer le lien pour retrouver le fichier. Le point vicieux : un lien rompu n'empêche ni l'affichage, ni l'export. Le PDF sort, et l'image y est en basse définition, sans le moindre avertissement.

Contrôle 2, les images non incorporées à l'envoi. Deux solutions, et une seule mauvaise habitude. Soit vous incorporez les images dans le document, ce que le menu du panneau Liens permet de faire sur une sélection. Soit vous envoyez le fichier accompagné de son dossier de liens et de ses polices, ce que la commande de regroupement du menu Fichier prépare automatiquement, en créant un dossier complet. La mauvaise habitude est d'envoyer le fichier AI seul en supposant que les images sont dedans. Précision utile : si vous envoyez un PDF, comme c'est l'usage, la question ne se pose plus, l'export ayant intégré les images.

Contrôle 3, la définition à la taille finale. C'est une question de rapport, pas de fichier. Une image de 3 000 pixels de large est à 300 dpi si elle occupe 254 mm sur la maquette, et à 75 dpi si vous l'avez agrandie pour couvrir un panneau d'un mètre. Regardez donc le facteur d'échelle appliqué à chaque image, et non sa taille brute : au-delà de 100 pour cent d'agrandissement, la définition effective chute d'autant. Le repère professionnel reste 300 dpi à la taille d'utilisation en offset et en numérique feuille, valeur rappelée avec les autres attendus de fabrication dans nos questions fréquentes sur la préparation des fichiers. Le grand format admet beaucoup moins, parce que la distance de lecture est plus grande, et la valeur se demande à l'atelier.

Opérateur contrôlant une feuille au densitomètre avant le bon à tirer

Le texte : polices ni vectorisées ni incorporées

Contrôle 4. Un texte reste du texte vivant tant qu'il n'a pas été vectorisé, et il a besoin de sa police pour s'afficher. Sur le poste de l'atelier, où cette police n'est pas installée, elle est remplacée par une autre : la composition se décale, les lignes se réorganisent, et personne ne s'en aperçoit avant l'épreuve. Sur une police achetée sous licence, la question du droit d'usage se pose en plus.

Deux réponses. Vectoriser les textes, par Texte > Vectoriser, ce qui transforme les lettres en tracés définitivement figés : plus aucune correction possible, d'où la règle absolue de conserver une version non vectorisée du fichier dans un autre dossier. Ou exporter en PDF avec une norme qui incorpore les polices, ce que PDF/X-4 fait par construction, méthode détaillée dans notre article sur l'export d'un PDF/X-4 depuis Illustrator. Le panneau Informations sur le document liste les polices présentes dans le fichier : après vectorisation, cette liste doit être vide.

Le contrôle qui va avec : après vectorisation, relisez le document. Un texte vectorisé garde ses éventuelles fautes pour toujours, et c'est le dernier moment où une relecture coûte encore zéro euro.

La couleur : objets restés en RVB et tons directs parasites

Contrôle 5, les objets en RVB. Ils arrivent par copier-coller depuis une présentation, un fichier web ou une bibliothèque, et ils survivent dans un document pourtant déclaré en CMJN. Le repérage est direct : sélectionnez un objet suspect et regardez le panneau Couleur. S'il affiche des curseurs R, V et B alors que le document est en CMJN, l'objet est en RVB. La correction passe par le sous-menu Édition > Modifier les couleurs et sa commande de conversion en CMJN, sur la sélection. La démarche complète, avec le choix du profil et la reprise des teintes qui dérivent, est décrite dans passer un document en CMJN dans Illustrator sans casser les couleurs.

Contrôle 6, les tons directs parasites. C'est le contrôle le plus rentable de la liste, parce qu'un ton direct oublié se facture. Ouvrez le panneau Aperçu des séparations : il liste les plaques que votre fichier demande. Sur un travail en quadrichromie, vous devez y voir quatre lignes, cyan, magenta, jaune, noir, et rien d'autre. Toute cinquième ligne est une plaque supplémentaire, donc un passage machine et un calage supplémentaires en offset, ou un refus pur et simple sur une presse quatre couleurs.

Ces tons directs parasites viennent presque toujours d'un logo fourni par un tiers, d'une nuance de bibliothèque restée accrochée à un objet invisible, ou d'un ancien tracé de découpe. Le nettoyage se fait dans le panneau Nuancier : son menu contient une commande de sélection des nuances non utilisées, dont le libellé exact varie selon la version, et les nuances encore utilisées se convertissent en quadrichromie en modifiant leur type de couleur. Sur un travail qui comporte volontairement un ton direct, vernis, dorure ou couleur de charte, la vérification change de sens : la ligne doit être présente, et porter exactement le nom attendu par l'atelier.

La surimpression : le blanc qui fait disparaître un élément

Contrôle 7. Il n'existe pas d'encre blanche en quadrichromie classique : le blanc, c'est le papier. Un objet blanc réglé en surimpression demande donc à la presse de ne rien imprimer par-dessus ce qui se trouve dessous, et le résultat est simple : l'objet disparaît. Un texte blanc en surimpression sur un aplat bleu s'évapore à l'impression, alors qu'il s'affiche parfaitement à l'écran.

Le réglage se trouve dans le panneau Attributs, avec ses deux cases de surimpression du fond et du contour. Sélectionnez vos objets blancs et vérifiez que ces cases sont décochées. Le contrôle global se fait par Affichage > Aperçu de la surimpression : activez-le et parcourez le document. Tout ce qui disparaît, change de teinte ou s'assombrit brutalement en basculant dans ce mode est un problème de surimpression, et rien d'autre. C'est un contrôle de trente secondes.

D'où vient cette surimpression involontaire, puisque personne ne la coche exprès sur du blanc ? De trois sources. D'un fichier reçu d'un tiers dont l'attribut voyage avec l'objet. D'un texte blanc posé sur un objet noir dont la surimpression avait été réglée pour une autre raison. Ou d'une commande de surimpression du noir appliquée globalement puis à un objet recoloré en blanc par la suite.

La géométrie : contours non vectorisés et filets trop fins

Contrôle 8, les contours qui changent d'épaisseur à l'échelle. Un contour est un attribut, pas une forme : il vaut par exemple 1 point, quelle que soit la taille de l'objet. Quand vous mettez le dessin à l'échelle, deux comportements sont possibles selon un réglage nommé Mise à l'échelle des contours et des effets, proposé à la fois dans les préférences générales et dans le menu du panneau Transformation. Actif, le contour grossit avec l'objet ; inactif, il garde son épaisseur d'origine sur un objet devenu deux fois plus grand. Les deux comportements sont utiles, mais les ignorer donne un logo dont le trait a maigri de moitié entre la carte de visite et l'affiche.

La parade sur un élément définitif est Objet > Tracé > Vectoriser le contour, qui transforme le contour en une forme pleine dont l'épaisseur suit désormais l'échelle comme le reste du dessin. À réserver aux fichiers finalisés, puisque l'opération n'est pas réversible et interdit toute retouche ultérieure de l'épaisseur.

Contrôle 9, les filets trop fins pour le procédé. Un trait dessiné à 0,1 point s'affiche à l'écran, sort sur une imprimante de bureau, et disparaît par endroits en offset. Le repère courant se situe autour de 0,25 point pour un filet monochrome et davantage pour un filet en couleur composée, qui exige en plus un repérage parfait entre plaques. Deux pièges dérivés : un filet de couleur composée d'au moins deux encres montre le moindre défaut de repérage, et un filet en blanc réservé dans un aplat sombre se bouche à l'encrage plutôt qu'il ne disparaît. En cas de doute, épaississez : personne n'a jamais reproché à un filet d'être visible.

Le plan de travail : éléments abandonnés et fond perdu incomplet

Contrôle 10, ce qui traîne autour et ce qui manque sur un bord. Deux erreurs opposées, un seul geste de vérification.

Les éléments abandonnés hors du plan de travail sont les versions précédentes d'un visuel, les logos non retenus, les blocs de texte de travail. Ils sont invisibles sur le support fini, mais ils alourdissent le fichier, ils peuvent réintroduire un ton direct ou une police que vous croyiez éliminés, et sur une imposition mal réglée ils réapparaissent parfois sur la feuille. Ils se suppriment, ils ne se masquent pas : un objet masqué reste dans le fichier avec tous ses attributs.

Le fond perdu absent sur un seul côté est l'erreur symétrique, et la plus fréquente des deux. Le document est bien réglé à 3 mm, trois bords sont correctement débordés, et le quatrième s'arrête pile sur le trait de coupe parce que l'image manquait de matière. Le contrôle visuel se fait à l'écran en regardant les quatre bords l'un après l'autre : entre la bordure du plan de travail et la bordure extérieure, il doit y avoir de la matière sur les quatre côtés. La logique et les valeurs sont détaillées dans préparer un fichier d'impression dans Illustrator.

Les dix contrôles à passer sur un fichier Illustrator avant envoi, l'outil qui les détecte et le défaut de fabrication que chacun évite. Les libellés cités sont ceux de la version française du logiciel et peuvent varier légèrement selon la version.
Contrôle Où le faire Ce que ça évite
1. Liens manquants ou modifiés Panneau Liens, colonne d'état Une image imprimée en basse définition depuis son aperçu, sans aucun avertissement
2. Images non incorporées ni jointes Panneau Liens, ou commande de regroupement du menu Fichier Un fichier natif inexploitable à l'ouverture chez l'atelier
3. Définition à la taille finale Facteur d'échelle appliqué à chaque image, rapporté à 300 dpi Une photo nette à l'écran et pixellisée sur le papier
4. Polices non vectorisées ni incorporées Panneau Informations sur le document, liste des polices Une substitution de police qui décale toute la composition
5. Objets restés en RVB Panneau Couleur sur l'objet sélectionné, curseurs R, V, B Une conversion automatique subie en fin de chaîne, sans arbitrage
6. Tons directs parasites Panneau Aperçu des séparations, nombre de plaques listées Un passage machine et un calage facturés en plus, ou un fichier refusé
7. Surimpression du blanc Aperçu de la surimpression, et panneau Attributs sur l'objet Un texte ou un logo blanc qui disparaît purement et simplement au tirage
8. Contours non vectorisés Réglage de mise à l'échelle des contours et des effets, avant toute homothétie Un trait de logo qui maigrit ou grossit d'un support à l'autre
9. Filets trop fins Panneau Contour, épaisseur de chaque filet, à rapporter au procédé Un trait qui disparaît par endroits, ou qui se bouche dans un aplat sombre
10. Hors plan de travail et fond perdu Contrôle visuel des quatre bords et de la zone entourant le plan de travail Un liseré blanc sur un bord, ou un élément oublié qui ressort à l'imposition

Un onzième contrôle ne figure pas dans ce tableau parce qu'il ne concerne pas le fichier : envoyez bien la dernière version. Un PDF corrigé le matin et un PDF de la veille portant presque le même nom cohabitent dans le même dossier, et c'est, tous supports confondus, le motif de reprise le plus fréquent. Nommez vos exports avec une date, et supprimez les versions intermédiaires avant l'envoi.

Vos fichiers repartent régulièrement en correction avant fabrication. L'audit gratuit des coûts d'impression reprend vos douze derniers mois et chiffre ce que ces reprises de prépresse coûtent en euros facturés et en jours de délai perdus.

Les alertes qui n'en sont pas et qu'il ne faut pas chercher à corriger

Une partie du temps passé à préparer un fichier part dans la correction de choses qui ne posent aucun problème. Cinq cas reviennent constamment.

Le message d'avertissement sur la transparence à l'export. Il signale la présence d'objets transparents et le mode d'aplatissement retenu. Sur un export en PDF/X-4, ce n'est pas une erreur : la norme conserve précisément la transparence vivante, et l'aplatissement se fera chez l'imprimeur avec la trame et le papier réels. Il n'y a rien à aplatir vous-même.

Le poids du fichier. Un PDF de 80 Mo n'est pas un mauvais fichier, c'est souvent un fichier avec de belles images. Recompresser pour atteindre un chiffre rond dégrade les visuels sans rien améliorer. Le seul poids qui compte est celui que votre moyen de transmission accepte, et un lien de partage règle la question.

Le nombre de points d'ancrage sur un dessin complexe. Une illustration détaillée compte légitimement des milliers de points. Le nombre de points n'est un symptôme que sur un logo vectorisé automatiquement, où il révèle un tracé non nettoyé. Sur une carte, un motif ou un dessin technique, il est normal.

Les couleurs qui paraissent ternes après passage en épreuve écran. C'est le comportement attendu : l'épreuve simule ce que la quadrichromie sait faire. Chercher à ressaturer les teintes pour retrouver l'éclat de l'écran produit des couleurs hors gamut qui seront ramenées de force à l'impression, en plus terne encore.

La différence entre l'aperçu du PDF et l'affichage dans Illustrator. Deux logiciels, deux moteurs de rendu, deux réglages de gestion des couleurs. Un léger écart d'affichage n'annonce aucun écart d'impression. Le seul contrôle qui tranche est l'épreuve contractuelle, sur papier, quand l'enjeu colorimétrique le justifie.

Dernier point de bon sens : ces dix contrôles portent sur le fichier, pas sur la faisabilité du produit. Un fichier techniquement parfait peut décrire un support impossible à fabriquer sur la presse retenue. Le format, le grammage, le sens de fibre, le nombre de pages et la finition se valident en amont, au cahier des charges, et pas au moment de l'envoi.

Un quart d'heure de contrôle évite un aller-retour de prépresse et le second bon à tirer qui va avec, soit deux à cinq jours de délai sur un support courant, et les frais de reprise que l'atelier facture ou absorbe au prix de son planning. C'est le meilleur rapport entre le temps investi et le coût évité de toute la chaîne de production.

À retenir

Illustrator n'a pas de contrôle en amont automatique : quatre panneaux font le travail, les liens pour les images, l'aperçu des séparations pour les plaques, l'aperçu de la surimpression pour le blanc qui disparaît, le nuancier pour les tons directs parasites. Les deux contrôles les plus rentables sont la cinquième plaque non prévue, qui se facture en calage, et l'objet blanc en surimpression, qui s'évapore au tirage. La limite de cette liste : elle valide le fichier, pas le produit. Un fichier parfait peut décrire un support infaisable sur la presse retenue.

Faire passer ces dix contrôles avant votre prochain envoi

Nous vérifions les liens, les séparations, les surimpressions et les fonds perdus avant transmission à l'atelier, et nous vous indiquons précisément ce qui doit être repris. Un chiffrage vous parvient sous 24 heures ouvrées, contrôle du fichier compris.

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