Un fichier Illustrator prêt pour l'impression se règle à la création du document, pas à l'export : plan de travail au format fini exact, fond perdu de 3 mm sur les quatre côtés, zone de sécurité de 5 mm matérialisée en repères, mode CMJN choisi dès le départ. Ces quatre réglages évitent la majorité des retours de prépresse. Les repères de coupe, eux, ne se dessinent pas : ils se cochent au moment de l'export.
Étape 1 : créer le document au format fini, pas au format ouvert
Le format fini est la dimension du support une fois coupé et plié, tel qu'il arrive dans la main du destinataire : 210 x 297 mm pour un A4, 85 x 55 mm pour une carte de visite, 100 x 210 mm pour un dépliant DL fermé. Le format ouvert, ou format à plat, est la dimension de la feuille avant pliage : le même dépliant DL trois volets mesure 300 x 210 mm à plat.
La confusion entre les deux n'apparaît qu'au façonnage, ce qui la rend coûteuse. Dans Illustrator, le plan de travail se crée à la dimension physique de la feuille qui passe sous la presse, donc au format à plat sur un support plié, avec chaque pli matérialisé par un repère vertical. Sur un support non plié, les deux formats se confondent.
Deux précautions à la création : réglez les unités en millimètres, et gardez un seul plan de travail par face ou par page plutôt que d'empiler recto et verso sur le même. Les valeurs attendues pour chaque support courant figurent dans nos questions fréquentes sur la préparation des fichiers.
Étape 2 : régler le fond perdu à 3 mm sur les quatre côtés dès la création
Le fond perdu est la réserve d'image imprimée au-delà du trait de coupe. Elle absorbe la dérive normale du massicot, qui coupe plusieurs centaines de feuilles à la fois et n'a aucune raison de tomber au dixième de millimètre. La valeur professionnelle courante en France et en Europe est de 3 mm par bord.
Dans la boîte de dialogue de nouveau document, quatre champs de fond perdu attendent une valeur : haut, bas, gauche, droite. Saisissez 3 mm dans le premier et laissez l'icône de chaîne reporter la valeur sur les trois autres. Une fois le document validé, Illustrator affiche une seconde bordure rouge autour du plan de travail : c'est la limite de fond perdu, et c'est jusqu'à elle que tout élément de bord doit aller.
Sur un document déjà ouvert, la même valeur se corrige dans Fichier > Format de document, sans rien casser de la composition. C'est le premier réflexe à avoir en reprenant un fichier reçu d'un tiers : ouvrir cette boîte et regarder si les quatre champs sont à zéro. Dans neuf cas sur dix où l'atelier signale un fond perdu manquant, ils le sont.
Précision utile : le fond perdu n'est pas de la marge. Il part au massicot et n'est jamais visible sur l'exemplaire livré. Ajouter 3 mm au format fini pour créer le plan de travail est donc une erreur : le plan de travail reste au format fini, le fond perdu vient en supplément.
Étape 3 : poser la zone de sécurité à 5 mm, et pourquoi elle n'est pas une option
La zone de sécurité est la contrainte symétrique du fond perdu, vers l'intérieur : la bande de 5 mm en retrait du bord fini dans laquelle on ne pose ni texte, ni logo, ni numéro de page, ni bord de cadre. Illustrator ne la propose pas comme réglage natif, contrairement au fond perdu. Il faut la construire, et c'est une manipulation d'une minute.
Dessinez un rectangle exactement aux dimensions du plan de travail, appliquez-lui un décalage de tracé négatif de 5 mm, sélectionnez le rectangle obtenu et convertissez-le en repères par Affichage > Repères > Créer les repères. Verrouillez ensuite les repères pour ne pas les déplacer par inadvertance en travaillant. Vous disposez d'un cadre visible en permanence, et la règle devient binaire : rien d'important ne franchit ce trait.
Pourquoi 5 mm et pas 2. Parce que la tolérance de coupe se cumule avec celle du repérage recto verso. Sur un tirage, la coupe ne tombe pas au même endroit sur le premier et sur le dernier exemplaire de la pile : un numéro de téléphone posé à 2 mm du bord sera à 1 mm sur certains exemplaires et à 3 mm sur d'autres, et cette irrégularité se voit quand on aligne dix cartes de visite sur une table.
Les cas où 3 mm ne suffisent pas
Trois mm est la valeur par défaut, pas une constante universelle. Quatre situations imposent davantage, et l'atelier ne devinera pas que vous les ignoriez.
La reliure dos carré collé. Le dos collé impose de prévoir un grand fond, c'est-à-dire une marge intérieure augmentée du côté du dos, parce qu'une partie de la page est prise dans la colle et ne s'ouvre pas à plat. La valeur dépend de l'épaisseur du dos, donc de la pagination et du grammage du papier : c'est une donnée que l'imprimeur calcule, pas une valeur à choisir soi-même. Demandez-la avant de composer, avec la largeur exacte du dos si le fichier comporte une couverture.
La découpe à la forme. Un support découpé par un outil de coupe, boîtier, chevalet, carte à angles arrondis, exige un fond perdu porté à 5 mm au moins autour du tracé de découpe, parce que la tolérance d'un outil de découpe est plus large que celle d'un massicot. Le tracé lui-même se fournit sur un calque séparé, en ton direct, jamais imprimé. Le principe est décrit dans notre page sur le façonnage et les finitions.
Les grands formats et les supports tendus. Affiche, kakémono, panneau : au-delà du A2, un fond perdu de 5 à 10 mm est courant, et un support tendu sur châssis ou avec ourlet en demande beaucoup plus. La valeur dépend du système de fixation, elle vient de l'atelier.
Les dépliants pliés en enroulé. Le pli enroulé déplace la matière : les volets intérieurs doivent être légèrement plus étroits que les volets extérieurs, sinon le pli force. Là encore, la valeur vient de l'atelier, pas du logiciel.
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Étape 4 : travailler en CMJN dès le départ plutôt que convertir à la fin
Le mode colorimétrique se choisit à la création du document, dans les options avancées de la boîte de nouveau document. Illustrator propose CMJN et RVB : pour tout ce qui part sur papier, c'est CMJN. Sur un document déjà ouvert, le mode se change par Fichier > Mode colorimétrique du document.
Basculer un fichier composé en RVB vers le CMJN à la dernière minute fonctionne, mais convertit tout d'un coup, sans arbitrage teinte par teinte. Les couleurs les plus saturées bougent le plus, un bleu vif et un vert pomme en particulier, parce qu'elles sortent de l'espace reproductible en quadrichromie. Le résultat n'est pas faux, il est terne, et il est trop tard pour le corriger sans reprendre la maquette.
Travailler d'emblée en CMJN vous montre dès la première forme dessinée la teinte que la presse est capable de rendre. Deux réflexes complètent le réglage : le noir des grands aplats se compose en noir riche, un noir 100 pour cent isolé rendant gris sur couché, et les paramètres des effets de pixellisation du document se règlent à 300 ppp, faute de quoi ombres portées et flous seront calculés en basse définition.
Étape 5 : étendre les aplats et les images jusqu'au bord du fond perdu
Un fond perdu déclaré mais vide ne protège de rien, et c'est un cas que les ateliers voient tous les jours : le document est bien paramétré à 3 mm, mais l'image de fond s'arrête pile au bord du plan de travail. Après coupe, un liseré blanc apparaît sur un exemplaire sur trois.
La règle est simple : tout élément censé toucher le bord du support fini est prolongé jusqu'à la bordure extérieure, celle du fond perdu. Si une image n'a pas assez de matière pour déborder de 3 mm, recadrez-la plus serré, remplacez-la, ou renoncez à la faire toucher le bord. Ne l'étirez pas : une déformation à l'échelle non uniforme se voit immédiatement sur les visages et les lignes droites.
Les versions récentes d'Illustrator proposent une génération du fond perdu par intelligence artificielle, qui prolonge automatiquement le décor sur la réserve. Utile sur une texture ou un décor abstrait, à proscrire dès qu'un motif identifiable touche le bord : le résultat est inventé.
Étape 6 : contrôler le plan de travail avant l'export
Le contrôle porte sur six points, et il prend deux minutes. Le tableau les récapitule avec la valeur attendue et ce que coûte l'oubli.
| Élément à régler | Valeur | Ce qui arrive si on l'oublie |
|---|---|---|
| Format du plan de travail | Format fini exact du devis, en millimètres, format à plat sur un support plié | Un support recoupé au mauvais format, ou des plis qui ne tombent pas où ils doivent |
| Fond perdu | 3 mm sur les quatre côtés, réglé à la création ou dans le format de document | Un liseré blanc irrégulier sur un bord après passage au massicot |
| Zone de sécurité | 5 mm en retrait du bord fini, matérialisée en repères verrouillés | Un texte entamé ou visuellement décentré d'un exemplaire à l'autre |
| Mode colorimétrique | CMJN choisi à la création du document, jamais converti en fin de course | Des teintes saturées qui ternissent d'un coup, sans arbitrage possible |
| Images liées | 300 dpi à la taille d'utilisation, liens présents et non manquants | Une image pixellisée sur le papier, ou remplacée par un aperçu basse définition |
| Effets de pixellisation | 300 ppp dans les paramètres du document, avant application des ombres et des flous | Des ombres portées et des dégradés crénelés au milieu d'un fichier vectoriel net |
Trois vérifications complètent ce tableau. Le panneau des liens ne doit signaler aucune image manquante ni modifiée : un lien rompu part en fabrication sous forme d'aperçu basse définition, sans avertissement. Le nombre de plans de travail doit correspondre aux faces ou aux pages annoncées sur le devis, dans le bon ordre. Enfin, les objets abandonnés hors du plan de travail se suppriment, ils ne se masquent pas.
Les repères de coupe, eux, ne se dessinent pas dans le document. Il ne faut ni les tracer à la main, ni les ajouter en objets vectoriels : ils sont générés à l'export, en cochant l'option correspondante, et c'est l'objet de l'étape suivante, décrite dans exporter un PDF/X-4 depuis Illustrator réglage par réglage. Un fichier qui contient des traits de coupe dessinés à la main en récupère un second jeu à l'export, décalé, et l'atelier ne sait plus lequel suivre.
À retenir
Quatre valeurs tiennent l'essentiel : plan de travail au format fini, fond perdu de 3 mm sur les quatre côtés, zone de sécurité de 5 mm en repères, mode CMJN dès la création. Tout se règle à l'ouverture du document, jamais à l'export. La limite de la règle est le 3 mm lui-même : un dos carré collé, une découpe à la forme ou un grand format tendu demandent davantage, et cette valeur se demande à l'atelier avant de composer, parce qu'elle dépend de l'épaisseur du dos ou du système de fixation.
Faire contrôler un fichier Illustrator avant lancement
Nous vérifions le format, les fonds perdus et la colorimétrie avant transmission à l'atelier, et nous vous indiquons ce qui doit être repris. Un chiffrage vous parvient sous 24 heures ouvrées, contrôle du fichier compris.