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Acheter et comparer

Pourquoi deux imprimeurs donnent des prix qui varient du simple au double

Publié le Mis à jour le 8 minutes de lecture

Un écart du simple au double entre deux devis d'impression ne vient presque jamais de la marge, il vient de l'adéquation entre votre document et le parc machines consulté. Un atelier qui place 8 poses de votre format sur sa feuille imprime deux fois moins de feuilles que celui qui n'en place que 4, à tirage identique. Six causes expliquent l'écart, dans cet ordre d'impact : format de presse, procédé retenu pour la quantité, façonnage interne ou sous-traité, achat du papier, plan de charge de l'atelier, nombre d'intermédiaires.

L'écart vient de l'adéquation au parc machines, pas de la marge de l'imprimeur

Devant deux devis qui vont de 1 800 à 3 600 euros sur le même cahier des charges, le premier réflexe est de supposer que l'un des deux se sert au passage. C'est presque toujours faux : les marges pratiquées dans l'imprimerie française sont serrées et se ressemblent d'un atelier à l'autre. Ce qui change, c'est le coût de fabrication lui-même, parce que le même travail ne mobilise pas les mêmes machines pendant la même durée.

Ce que le client appelle une imprimante professionnelle est en réalité une presse, offset ou numérique, avec un format de feuille imposé et une chaîne de façonnage plus ou moins complète derrière. Un atelier dont la presse a le bon format sort votre travail en une passe ; un atelier dont la presse est trop petite fait deux passes, ou confie une partie du travail à un confrère. Le prix qui en résulte n'a rien d'irrationnel : il est mécanique.

L'Insee recense environ 16 000 entreprises d'imprimerie en France en 2023, pour 38 000 salariés en équivalent temps plein, sans aucune grande entreprise et avec 76 pour cent des effectifs en PME et microentreprises. Un tissu aussi atomisé produit des ateliers très spécialisés, chacun rentable sur une famille de travaux et perdant de l'argent sur les autres. C'est ce que mesure l'audit gratuit des coûts d'impression : non pas si vous payez cher, mais si vous payez chez le bon atelier.

Feuilles imprimées transformées en cahiers pliés à la sortie de la machine

Le format de presse et le nombre de poses : la première cause d'écart

C'est la cause qui pèse le plus lourd, et celle qui n'apparaît jamais sur un devis. Une presse offset feuille imprime sur un format donné, 52 x 72 cm en demi-format ou 70 x 100 cm en grand format. Votre document fini y est placé plusieurs fois, fonds perdus et marge de coupe compris : c'est le nombre de poses, et il détermine le nombre de feuilles à imprimer.

Un A4 se pose 4 fois sur une feuille 52 x 72 cm et 8 fois sur une feuille 70 x 100 cm. Pour 10 000 plaquettes recto verso, cela fait 2 500 feuilles chez le premier atelier et 1 250 chez le second. Deux fois plus de papier, deux fois plus de temps de roulage, deux fois plus de manipulation en sortie de presse. Sur le seul poste papier et impression, l'écart atteint couramment un facteur 1,5 à 2, avant même de parler du reste.

Le même mécanisme joue contre vous quand votre format fini n'est pas standard. Un format 22 x 30 cm, choisi il y a six ans pour se distinguer, peut faire tomber une pose et perdre 20 à 25 pour cent de la surface en chute papier. L'imprimeur ne le dira pas : il chiffre le format que vous lui donnez. Le seul moyen de le savoir est de faire chiffrer en parallèle le format standard le plus proche.

Le procédé retenu pour votre quantité : le même travail, deux économies différentes

Deuxième cause d'écart, et la plus facile à détecter. Sur un travail en couleur de format courant, l'offset repasse devant le numérique entre 1 000 et 2 000 exemplaires, ordre de grandeur repris des sources techniques allemandes, le web français restant vague sur ce point. En dessous, le calage offset, c'est-à-dire les plaques, le montage, la mise en couleur et les feuilles de passe, ne se rentabilise pas. Au-dessus, le coût à l'exemplaire du numérique ne baisse plus assez vite.

Un atelier qui ne possède que du numérique chiffrera votre tirage de 3 000 exemplaires en numérique : il n'est pas malhonnête, il vend la machine qu'il a. Un atelier équipé en offset chiffrera le même travail avec un calage plus cher et un prix à la feuille bien plus bas, et il sortira largement gagnant à cette quantité. L'écart est la conséquence directe de la même question posée à deux machines différentes. Les variables qui déplacent ce point de croisement sont traitées dans notre article sur le seuil de bascule entre offset et numérique.

Détection dans le devis : le procédé doit y être écrit. S'il n'y figure pas, demandez-le, ainsi que le format de presse utilisé. Un imprimeur qui refuse de répondre à ces deux questions vous renseigne déjà sur la suite de la relation.

Façonnage, papier, plan de charge et intermédiaires : les causes invisibles sur le devis

Les causes suivantes ne se lisent pas dans une ligne de prix, elles se déduisent. Le façonnage d'abord : pliage, rainage, piqûre à cheval, dos carré collé, découpe à la forme. Un atelier qui plie et assemble en interne enchaîne les opérations sans transport ni attente. Celui qui confie son façonnage à un façonnier ajoute une marge, un aller-retour de palettes et deux jours de délai.

Le papier ensuite. Un atelier qui a votre couché 135 g/m² en stock, acheté en volume sur un contrat annuel, ne facture pas le même prix que celui qui doit le commander pour votre seul travail, avec une quantité minimale d'achat et trois jours d'approvisionnement. C'est pourquoi un imprimeur propose parfois spontanément un équivalent : ce n'est pas une dégradation, c'est son stock.

Le plan de charge enfin, la variable la plus volatile. Un atelier dont la presse a un trou de production la semaine prochaine chiffre agressivement pour le remplir ; le même atelier, consulté trois semaines plus tard presse pleine, remonte son prix ou allonge son délai. Deux devis obtenus à quinze jours d'intervalle chez le même imprimeur peuvent varier de 5 à 15 pour cent pour cette seule raison.

Reste le nombre d'intermédiaires. Quand une imprimerie reçoit un travail que son parc ne sait pas produire, elle le confie à un confrère, qui parfois le confie à son tour. Chaque maillon fait son métier correctement, et ajoute sa marge et un transport. C'est la seule des six causes qui n'apporte aucune valeur de fabrication, et la seule qu'un acheteur peut supprimer complètement. Comment la repérer sur une commande en cours est détaillé dans notre article sur la sous-traitance chez un imprimeur.

Les six causes d'écart entre deux devis d'impression, classées par impact décroissant. Les pourcentages et les facteurs sont des ordres de grandeur constatés en consultation d'ateliers, jamais des tarifs, et se recalculent projet par projet.
Cause de l'écart Effet sur le prix, en ordre de grandeur Comment le détecter dans un devis
Format de presse et nombre de poses Facteur 1,5 à 2 sur le poste papier et impression quand une pose est perdue sur la feuille Demander par écrit le format de presse utilisé et le nombre de poses retenu. Faire chiffrer en parallèle le format standard le plus proche du vôtre
Procédé inadapté à la quantité 20 à 60 pour cent sur le total, selon la distance à la plage de bascule de 1 000 à 2 000 exemplaires Le procédé doit être nommé sur le devis. Demander le chiffrage à la quantité prévue et à la quantité immédiatement supérieure
Façonnage sous-traité à un façonnier 10 à 20 pour cent sur le poste façonnage, plus deux jours de délai et un transport Demander si le pliage, l'assemblage et la reliure sont réalisés sur le site de production ou ailleurs
Papier acheté au coup par coup 10 à 25 pour cent sur le poste papier, avec une quantité minimale d'achat imposée Demander si la référence papier est en stock atelier. Une proposition spontanée d'équivalent signale un achat dédié
Plan de charge de l'atelier au moment du devis 5 à 15 pour cent sur le total, dans les deux sens, selon le remplissage des presses Invisible sur le devis. Se déduit d'un délai anormalement court ou long, et se teste en reconsultant à quinze jours d'intervalle
Nombre d'intermédiaires dans la chaîne 10 à 20 pour cent de marge et un transport par maillon ajouté Demander l'adresse du site de production et le nom de la presse. Une réponse évasive vaut réponse

Vos devis varient du simple au double et personne ne sait dire pourquoi. L'audit gratuit des coûts d'impression reprend vos douze derniers mois de commandes et identifie, support par support, laquelle de ces six causes vous coûte le plus cher.

Les cas où l'écart ne cache rien, et où le moins cher est simplement le bon

Un écart important n'est pas en soi un signal d'alerte, et il ne justifie pas toujours de faire appel à un tiers. Trois situations se règlent seules.

  • Un atelier tombe juste sur votre format et l'autre pas. Le premier est moins cher pour une raison structurelle et durable. Prenez-le, et gardez-le tant que votre format ne change pas.
  • Le support est simple et le tirage modeste. Sous 1 000 exemplaires en quadrichromie sur un format standard, sans finition particulière, le marché est très concurrentiel et transparent. Un imprimeur en ligne fait très bien le travail, et un courtier n'apporte rien de mesurable sur ce type de commande. Nous le disons à nos interlocuteurs quand c'est le cas.
  • L'un des devis inclut une prestation que l'autre a omise. Épreuve contractuelle, deuxième point de livraison, mise en carton : l'écart disparaît dès qu'on remet les deux devis sur la même base. Ce travail est décrit ligne à ligne dans notre méthode pour comparer trois devis d'impression.

La règle tient en une phrase : un écart s'explique ou il inquiète. Tant que vous savez nommer la cause, l'écart est une information utile, pas un problème.

Quand un prix anormalement bas doit vous inquiéter

Il existe un seuil au-delà duquel l'écart cesse d'être structurel. Notre repère de travail : à plus de 30 pour cent sous la moyenne des deux autres, sur un cahier des charges strictement identique, la différence ne vient plus du parc machines mais de ce qui a été retiré du travail, souvent sans que ce soit écrit.

Ce qu'un prix anormalement bas cache, dans l'ordre de fréquence constatée :

  • Un papier de substitution. Un couché 115 g/m² livré à la place du 135 g/m² demandé, ou une marque de papier moins opaque au même grammage. La différence se voit à la réception, jamais sur le devis.
  • Une épreuve retirée du chiffrage. Pas de BAT contractuel, donc aucun recours si la couleur sort à côté de votre charte.
  • Un délai non tenu par construction. Le prix bas correspond à un créneau que l'atelier remplira en priorité avec un travail plus rentable si l'occasion se présente.
  • Un façonnage allégé. Un rainage supprimé avant pliage sur un 250 g/m² : le pli casse la fibre et le support se fend en surface. Le devis, lui, était moins cher.
  • Une tolérance de quantité utilisée à la baisse. Vous commandez 5 000 exemplaires, vous en recevez nettement moins, et les conditions générales de l'imprimeur l'autorisent.

Le test qui tranche : demandez à l'imprimeur le moins cher de confirmer par écrit, ligne à ligne, qu'il a bien chiffré le papier exact, l'épreuve, le façonnage complet et la quantité ferme. Un prix bas légitime survit sans difficulté à cette demande ; un prix bas construit sur un retrait silencieux se rétracte ou se transforme en avenant.

Trois devis très écartés : l'arbre de décision

Appliquez cette séquence dans l'ordre. Chaque étape ne se déclenche que si la précédente n'a pas tranché.

  1. Les trois devis portent-ils sur le même cahier des charges ? Quantité, format fini, papier et grammage, couleurs recto verso, façonnage, épreuve, livraison. Si une seule ligne diffère, faites corriger avant d'aller plus loin.
  2. L'écart entre le plus bas et le plus haut dépasse-t-il 30 pour cent ? Si non, choisissez sur les critères non tarifaires : délai ferme, épreuve incluse, interlocuteur identifié. L'écart est dans le bruit normal du marché.
  3. Le devis le plus cher nomme-t-il un procédé ou un format de presse différent ? Si oui, vous tenez la cause. Écartez le devis dont le procédé ne correspond pas à votre quantité, quel que soit son prix.
  4. Le devis le plus bas résiste-t-il à la confirmation écrite ligne à ligne ? S'il se rétracte sur une seule ligne, écartez-le : ce n'était pas le même travail.
  5. Les trois ateliers produisent-ils eux-mêmes ? Demandez l'adresse du site de production. Si deux devis sur trois viennent du même atelier par des chemins différents, vous ne comparez pas trois offres mais une seule, à trois niveaux de marge.
  6. Aucune étape n'a tranché ? Le cahier des charges est sans doute inadapté aux presses consultées. Faites rechiffrer le format standard le plus proche et la quantité immédiatement supérieure : ce double chiffrage révèle votre vrai prix.

À retenir

Un facteur 1,5 à 2 sur le poste papier et impression se joue sur le seul nombre de poses de votre format sur la feuille de presse. Règle de décision : tant qu'un écart s'explique par une cause nommable, format, procédé, façonnage, papier, plan de charge ou intermédiaire, il est légitime et le moins cher est le bon choix. Sa limite : au-delà de 30 pour cent sous les autres à cahier des charges identique, l'écart ne vient plus du parc machines mais de ce qui a été retiré du travail.

Savoir chez quel atelier votre support est réellement rentable

Nous reprenons vos devis et vos factures des douze derniers mois, recalculons l'imposition, le procédé et le façonnage de chaque support récurrent, et vous remettons un rapport écrit sous dix à quinze jours ouvrés. Pour un support à chiffrer tout de suite, une proposition vous parvient sous 24 heures ouvrées.

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