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Que fournir à un imprimeur pour obtenir un devis juste du premier coup

Publié le Mis à jour le 7 minutes de lecture

Dix informations suffisent pour qu'un imprimeur chiffre juste du premier coup : la quantité, le format fini et le format ouvert, la pagination et le sens de lecture, le papier ou à défaut l'effet recherché, le nombre de couleurs recto et verso, les finitions, le façonnage, le conditionnement, la date et le nombre de points de livraison, l'usage du support. Chaque information manquante oblige le chiffreur à supposer, et une supposition se prend par excès.

Dix informations suffisent : ce que chacune change au prix, et ce qui se passe si elle manque

Une demande de devis d'impression tient en quinze lignes. Le problème n'est jamais sa longueur, c'est qu'il manque les deux ou trois lignes qui décident du prix. Le chiffreur, appelé calculateur dans les ateliers, ne peut pas laisser une case vide : il la remplit par une hypothèse. Prudent, il la prend haute et le devis revient cher sans raison. Commercial, il la prend basse et le prix se renchérit en fabrication.

Dans les deux cas, c'est votre flou que vous payez. Un brief complet ne fait pas baisser le prix par magie : il supprime la prime d'incertitude et rend les réponses comparables. C'est aussi la condition pour que l'audit des coûts d'impression ait une base solide, puisqu'on ne compare pas des chiffrages construits sur des hypothèses différentes.

Le tableau ci-dessous liste les dix informations, ce que chacune déclenche dans le calcul et le réflexe par défaut du chiffreur quand elle manque.

Les dix informations d'un brief d'impression, leur effet sur le calcul et le comportement par défaut de l'imprimeur en leur absence. Les effets décrits sont des mécanismes constants, sans valeur tarifaire.
Information à fournir Pourquoi elle change le prix Ce qui se passe si elle manque
Quantité, ferme ou indicative Le calage se paie une fois : le prix unitaire chute avec la quantité, et le procédé change avec elle Le chiffrage retient la quantité la plus basse évoquée, la plus défavorable au prix unitaire
Format fini en millimètres Il fixe le nombre de poses sur la feuille de presse, donc le papier acheté L'imprimeur suppose un format normalisé proche du vôtre
Format ouvert et sens du pli Il fixe la surface imprimée et le nombre d'opérations de pliage et de rainage Le pliage est chiffré au plus simple et le rainage oublié
Pagination et sens de lecture Elle commande l'imposition, le nombre de cahiers et la reliure possible Le devis part en piqûre à cheval quand la pagination impose un dos carré collé
Papier, ou effet recherché Premier poste de matière ; un papier hors stock impose un achat dédié et un délai L'imprimeur propose son papier de stock, souvent bien vu, parfois un contresens de rendu
Couleurs au recto et au verso Chaque couleur mobilise en offset un groupe, une plaque et une mise en couleur Le chiffrage passe en quadrichromie recto verso alors qu'un noir au verso suffisait
Finitions et leur surface exacte Une finition pleine surface et une finition sur zone ne mobilisent pas les mêmes opérations Elle est comptée sur toute la surface, ou ignorée puis refacturée
Façonnage et conditionnement Perforation, numérotation, mise sous film et colisage sont des postes de main d'oeuvre distincts Livraison en vrac sur palette : le tri revient chez vous
Date et points de livraison Le délai commande le plan de charge, et chaque adresse est un transport distinct Une seule livraison est chiffrée, les autres arrivent en avenant
Usage prévu du support Il justifie ou disqualifie un grammage, une finition, une tenue dans le temps Le chiffrage suit la lettre du brief même si le support ne tiendra pas son usage
Marquage imprimé en gros plan sur un papier de création, grain du support visible

Étape 1 : la quantité, ferme ou indicative, et les paliers à faire chiffrer

La quantité est la seule donnée qui change à la fois le prix unitaire et la technologie employée. Elle se donne avec sa nature : ferme, elle autorise l'imprimeur à réserver le papier et un créneau ; indicative, elle le pousse à protéger son chiffrage. Précisez au passage si votre besoin est un plancher strict, la tolérance de quantité livrée étant une clause standard des conditions de vente.

Demandez deux ou trois paliers encadrant le besoin réel, par exemple 1 500, 3 000 et 5 000 exemplaires. Le calage étant facturé une fois par référence et par face, l'écart entre paliers n'est pas proportionnel : un palier supérieur coûte parfois à peine plus que celui que vous visiez.

Étape 2 : le format fini, le format ouvert, la pagination et le sens de lecture

Le format fini est celui du document plié et massicoté, le format ouvert celui de la feuille avant pliage. Les deux se donnent en millimètres, jamais sous un nom commercial : un dépliant trois volets DL se déplie en 297 x 210 mm ou en 315 x 210 mm selon le sens des plis, et ces quinze millimètres décident du nombre de poses sur la feuille de presse.

C'est le mécanisme le moins connu et le plus coûteux : un format qui perd une pose fait acheter davantage de papier pour le même tirage. C'est l'une des raisons pour lesquelles deux devis d'imprimeurs varient du simple au double sur un cahier des charges identique.

Pour un document paginé, donnez le nombre de pages couverture comprise, multiple de quatre, le sens de lecture et le sens du pli : roulé ou accordéon ne produisent ni le même fichier ni le même passage machine. Une couverture dans un autre papier que le corps se signale, c'est un second achat.

Étape 3 : le papier, ou à défaut l'effet recherché

Si le papier est arrêté, donnez-le complètement : nom, grammage en g/m², finition couchée brillante, couchée mate ou non couchée. Sinon, ne l'inventez pas : décrivez l'effet recherché en langage courant, un toucher rugueux, un rendu non brillant, une bonne opacité au verso, et laissez l'imprimeur proposer son équivalent de stock, presque toujours moins cher qu'un papier nommé qu'il devra commander.

Trois repères issus des documentations papetières, notamment Antalis, évitent un contresens dès le brief : un flyer descend rarement sous 135 g/m², une carte se situe entre 220 et 350 g/m², et au-delà de 170 g/m² un rainage devient obligatoire avant pliage. Le rainage est facturé à part et se chiffre au devis, pas après.

Vous refaites le même brief plusieurs fois par an sur des supports récurrents. L'audit gratuit des coûts d'impression reprend vos douze derniers mois de commandes et identifie les lignes de brief qui vous coûtent le plus cher sans vous apporter grand-chose.

Étape 4 : les couleurs, les finitions, le façonnage et le conditionnement

Annoncez les couleurs face par face : quadri recto et noir verso, ou quadri recto verso. Un verso en une seule couleur économise trois groupes d'impression en offset. Si la charte impose un ton direct, ce que le client appelle une couleur Pantone, dites lequel : c'est une plaque de plus, et cela peut disqualifier le numérique.

Pour les finitions, la surface compte autant que la technique. Le pelliculage, que le client appelle plastification, couvre toute la face ; un vernis sélectif, une dorure ou un gaufrage ne concernent qu'une zone, à décrire. Dorure et découpe à la forme supposent en outre un outil, coût fixe indépendant de la quantité.

Terminez par le façonnage et le conditionnement, deux lignes que presque personne n'écrit : reliure, perforation, numérotation, puis paquets de combien, filmés ou non, sur palette ou en cartons. Un colisage par agence vous économise une demi-journée de tri.

Étape 5 : la livraison, l'usage du support et le tirage précédent

Donnez une date de mise à disposition, pas un délai : l'imprimeur raisonne en plan de charge, et savoir que le support doit être sur un salon le 12 lui permet de placer le travail sur un créneau réel plutôt que de vendre une urgence. Indiquez le nombre de points de livraison et leurs contraintes, étage sans monte-charge, quai, horaires : un transport oublié au devis est un avenant garanti.

Dites en une phrase à quoi sert le support : salon, envoi postal, présentoir, rendez-vous commercial. Cette phrase autorise l'imprimeur à vous contredire utilement, par exemple à signaler qu'un 350 g/m² dépasse la tranche de poids postale visée.

Enfin, s'il existe un tirage précédent, joignez-le avec sa quantité et son prix. C'est l'information la plus efficace du brief et la plus rarement donnée : elle fait chiffrer un écart plutôt qu'un objet, et elle vous protège d'un devis construit sur une autre qualité que celle que vous connaissez.

Les informations qu'on croit devoir donner et qui font monter le prix

Ces lignes n'aident pas le chiffrage, et plusieurs travaillent contre vous.

  • Votre budget. Annoncer une enveloppe avant tout chiffrage ne fait pas descendre le prix vers elle, elle l'y attire par le haut. Le budget se dit après le premier devis, quand il sert d'arbitrage.
  • Le procédé ou la machine imposés. Écrire offset obligatoire ferme la porte à la solution la plus économique. Le procédé est une conséquence de la quantité et du support, pas une donnée d'entrée.
  • Une marque de papier posée comme exigence. Un nom de gamme renchérit le chiffrage dès que l'imprimeur ne l'a pas en stock. Donnez-le comme référence de rendu, en autorisant un équivalent de grammage et de main comparables.
  • Le nom de vos autres consultés. Aucune baisse déclenchée, et votre interlocuteur apprend surtout votre degré d'urgence.
  • Le détail de la création. Polices, visuels et couleurs de charte ne concernent pas le chiffrage. Ce qui le concerne, c'est l'état du fichier : prêt en PDF/X-4 avec 3 mm de fonds perdus, ou à préparer.
  • Une urgence de précaution. Demander 48 heures quand le besoin réel est à trois semaines fait basculer le travail sur un créneau prioritaire facturé, et parfois sur un procédé plus cher.

La règle tient en une phrase : décrivez le résultat attendu et la contrainte réelle, jamais le moyen d'y arriver. Le moyen est le métier de l'imprimeur, et c'est là qu'il trouve les économies. Même logique pour un document plus formel, dont nous détaillons les critères d'un cahier des charges d'impression ligne par ligne.

Ce qu'il faut demander en retour pour que le devis soit exploitable

Un devis qui ne contient qu'un prix global ne se compare pas et ne se négocie pas. Demandez systématiquement que la réponse contienne ces huit éléments.

  • Le rappel intégral du brief tel qu'il l'a compris, format, papier, couleurs, finitions, façonnage. Seule preuve en cas d'écart à la livraison, et c'est là que se lisent ses hypothèses.
  • Le procédé retenu et le format de presse, avec le nombre de poses. Un imprimeur qui refuse cette ligne ne produit probablement pas lui-même.
  • Le prix décomposé : impression, papier, façonnage, finitions, transport, outillage. Sans elle, aucune négociation ligne à ligne n'est possible.
  • Les paliers de quantité demandés à l'étape 1, avec le prix unitaire de chacun.
  • Le point de départ du délai : réception du fichier, ou validation du bon à tirer. L'écart entre les deux atteint couramment plusieurs jours ouvrés.
  • La nature de l'épreuve et son prix : simple PDF de contrôle, ou épreuve contractuelle sur papier, la seule qui engage sur la couleur.
  • La tolérance de quantité et la durée de validité du prix, le papier étant coté sur des marchés qui bougent.
  • Le lieu de production et l'existence d'une sous-traitance sur tout ou partie du travail.

Ces huit lignes obtenues, les réponses deviennent superposables. La méthode pour les mettre côte à côte est détaillée dans notre article sur comment comparer trois devis d'impression.

À retenir

Dix informations font un brief d'impression complet, et les trois qui manquent le plus souvent sont le format ouvert, la surface exacte des finitions et le conditionnement attendu. Décrivez le résultat et la contrainte réelle, jamais le procédé ni la machine : c'est là que l'atelier trouve les économies. Un brief complet ne garantit pas un prix bas, il garantit un prix comparable. Sur un support technique inédit, un échange téléphonique de dix minutes reste plus efficace que n'importe quel formulaire.

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