Envoyez ce que l'imprimeur demande. Sans consigne de sa part, PDF/X-4 est le choix par défaut : normalisé en 2008 sous ISO 15930-7 et basé sur PDF 1.6, il conserve la transparence vivante et les calques. PDF/X-1a, normalisé en 2001, n'accepte que le CMJN, le gris et les tons directs, et interdit toute transparence non aplatie. PDF/X-3, développé en Allemagne et en Suisse en 2002, a été supplanté par X-4 et n'a plus de raison d'être créé aujourd'hui.
La règle de décision tient en deux lignes
Première ligne : si l'imprimeur a publié une consigne, vous la suivez, sans discuter et sans chercher mieux. Un atelier qui demande du PDF/X-1a a une raison de production, et un fichier plus moderne y sera traité moins bien, pas mieux. Deuxième ligne : s'il ne demande rien, vous envoyez du PDF/X-4. C'est la norme la plus récente des trois, celle qui préserve le plus d'informations, et celle sur laquelle sont bâties les spécifications d'échange les plus largement utilisées dans l'édition et la publicité européennes.
Ce qui suit sert à comprendre pourquoi. La question revient souvent dans nos échanges avec les services communication, et elle est presque toujours mal posée : traitée comme un débat technique alors que c'est une question de flux. Nos questions fréquentes sur la préparation des fichiers couvrent le reste des réglages, fonds perdus et résolution compris.
Le tableau de référence des trois normes
Les trois normes appartiennent à la même famille ISO 15930 et partagent le même socle : toutes les polices doivent être incorporées, un profil de sortie doit décrire le procédé d'impression visé, et les données externes, le chiffrement, les annotations visibles et le JavaScript sont interdits. Ce qui les sépare tient à trois choses : les espaces colorimétriques admis, la transparence et les calques.
| Norme | Année et référence ISO | Transparence vivante | Calques | Espaces colorimétriques admis | Quand la choisir | Qui la demande encore |
|---|---|---|---|---|---|---|
| PDF/X-1a | 2001, ISO 15930-1, base PDF 1.3 | Interdite, toute transparence est aplatie à l'export | Interdits | CMJN, gris et tons directs uniquement, aucun RVB ni Lab | Quand l'imprimeur l'exige, ou quand la chaîne de production en aval est inconnue | Ateliers à flux ancien, régies publicitaires, presse quotidienne et magazine, imprimeurs en ligne à gabarits fermés |
| PDF/X-3 | 2002, ISO 15930-3, base PDF 1.3 | Interdite, comme en X-1a | Interdits | CMJN, gris, tons directs, plus RVB calibré, Lab et espaces à profil ICC | Uniquement si un donneur d'ordre la réclame nommément | Usage résiduel, principalement en Allemagne et en Suisse, pays où la norme a été conçue |
| PDF/X-4 | 2008, ISO 15930-7, base PDF 1.6 | Autorisée et conservée telle quelle, aucun aplatissement | Autorisés, contenu optionnel pris en charge | CMJN, gris, tons directs, RVB et espaces à profil ICC, avec gestion de couleur | Par défaut, en l'absence de consigne de l'imprimeur | Ateliers à flux moderne, éditeurs, la plupart des imprimeurs labeur français équipés d'un flux récent |
Deux lectures méritent d'être faites. La première : PDF/X-3 n'apporte rien face à PDF/X-4, puisqu'il autorise les espaces colorimétriques indépendants du périphérique sans autoriser la transparence. Il occupe une position intermédiaire qui n'a plus d'utilité. La seconde : le vrai clivage n'est pas entre trois normes mais entre deux mondes, celui qui aplatit la transparence et celui qui la conserve.
Vos fichiers repartent régulièrement en correction avant fabrication et vous ne savez pas si la norme d'export en est la cause. L'audit gratuit des coûts d'impression chiffre aussi le temps de prépresse repris sur vos douze derniers mois, poste rarement facturé mais toujours payé en délai.
Pourquoi certains ateliers exigent encore du PDF/X-1a, et pourquoi ce n'est pas de l'archaïsme
La transparence vivante est un objet à risque. Une ombre portée, un mode de fusion, un dégradé avec fondu, une zone d'opacité partielle : tout cela reste calculable dans le fichier tant qu'il n'est pas rendu. Le calcul final est effectué par le RIP de l'atelier, au moment de produire les plaques ou d'attaquer la presse. Deux RIP de générations différentes ne le font pas exactement pareil.
Les défauts qui en résultent sont connus et pénibles : une ombre qui imprime avec un cadre net autour d'elle, une image transparente qui défonce le texte situé dessous, un dégradé qui se met à montrer des paliers, une surimpression qui ne se comporte pas comme à l'écran, un texte dont la graisse change au voisinage d'une zone transparente. Ils n'apparaissent ni à l'écran ni sur une épreuve, mais à la sortie, quand le tirage est engagé.
Un atelier qui reçoit des fichiers d'origines très diverses, exportés depuis des outils grand public par des personnes qui ne sont pas prépresse, et qui envoie parfois ces fichiers à des sous-traitants dont il ne maîtrise pas le flux, se protège en imposant l'aplatissement à l'amont. C'est un choix de fiabilité, et il est rationnel. Demander du PDF/X-1a, c'est demander que l'apparence finale soit figée par celui qui a créé le document, donc par la seule personne qui sait à quoi le document doit ressembler.
La contrepartie est réelle : un fichier aplati n'est plus modifiable proprement, les zones concernées devenant des découpes vectorielles et des images matricielles. C'est le prix de la prévisibilité.
Ce qu'une norme PDF/X ne garantit pas, et pourquoi un fichier conforme peut être refusé
C'est la partie que les comparatifs de normes omettent, et c'est la plus utile. Un fichier peut être parfaitement conforme à PDF/X-4 et se faire refuser le lendemain matin. La norme contrôle une structure de fichier, pas la justesse d'un travail. Concrètement, elle ne vérifie rien de ce qui suit.
- La résolution réelle des images. Une photo à 72 ppp incorporée dans un document conforme reste une photo à 72 ppp. La norme exige que l'image soit dans le fichier, jamais qu'elle soit exploitable. Le repère usuel est de 300 ppp à la taille d'utilisation.
- Le fond perdu. Un PDF/X exige des zones de rognage définies, il n'exige pas que votre visuel les déborde. Un document sans les 3 mm de débord passe le contrôle de norme et échoue au massicot.
- La justesse des couleurs. Le profil de sortie déclare une intention, il ne corrige rien. Un noir composé de quatre couleurs sous un texte fin, un taux d'encrage excessif, un RVB converti à la volée avec un profil inadapté : tout cela est conforme et faux.
- Les tons directs oubliés. Un Pantone resté dans le fichier alors que le travail est chiffré en quadrichromie déclenche une plaque supplémentaire ou une conversion non maîtrisée. La norme accepte les tons directs, elle ne juge pas de leur pertinence.
- Le format et la pagination. Un fichier au mauvais format fini, livré en planches doubles ou dans un nombre de pages qui ne tombe pas en cahiers réguliers, est conforme et inutilisable en l'état.
- Les polices, au delà de leur incorporation. La norme impose l'incorporation. Elle n'empêche pas un texte en 5 points blanc sur fond quadri, techniquement conforme et illisible après impression.
La conclusion est nette et vaut d'être posée franchement : choisir la bonne norme PDF/X ne règle qu'une petite partie du problème. Un contrôle sérieux du contenu, du type de celui décrit dans notre méthode de vérification d'un fichier avant envoi, évite bien davantage de refus qu'un débat sur X-1a contre X-4.
Quoi demander à l'imprimeur, en une phrase
Une seule question suffit, et elle se pose au moment du devis, pas au moment de la livraison du fichier : « Quelle norme PDF/X attendez-vous, et avec quel profil de sortie ? ». Une réponse correcte tient en une ligne, par exemple PDF/X-4 avec un profil Fogra39 pour du couché.
- Si la réponse est PDF/X-4 : exportez en X-4, conservez la transparence, ne l'aplatissez pas manuellement, et laissez les calques en place si votre document en comporte.
- Si la réponse est PDF/X-1a : exportez en X-1a et vérifiez l'aperçu d'aplatissement avant envoi, en particulier les ombres portées et les modes de fusion. Contrôlez aussi que tout ce qui était en RVB a bien été converti, puisque la norme n'en accepte plus.
- Si la réponse est PDF/X-3 : demandez confirmation. Dans la majorité des cas, X-4 sera accepté et préférable, et la consigne date d'un modèle de document jamais mis à jour.
- Si l'atelier ne sait pas répondre : envoyez du PDF/X-4 et joignez un aperçu au format image des pages sensibles, ce qui donne une référence visuelle opposable en cas de désaccord sur le rendu.
La procédure d'export elle même, réglage par réglage, est détaillée dans notre tutoriel exporter un PDF/X-4 depuis Illustrator. Il n'y a rien à réinventer ici : le choix de la norme se fait avant, en une question, et il se règle une fois pour toutes avec chaque atelier.
À retenir
Trois normes, un seul clivage : PDF/X-1a de 2001 et PDF/X-3 de 2002 aplatissent la transparence, PDF/X-4 de 2008 la conserve. En l'absence de consigne, exportez en PDF/X-4. Une exigence de PDF/X-1a n'est pas un retard technique, c'est une protection de flux contre les différences de rendu entre RIP. La limite à garder en tête : aucune norme PDF/X ne contrôle la résolution des images, les fonds perdus, le taux d'encrage ni la pagination, et c'est sur ces points que les fichiers sont réellement refusés.
Faire contrôler un PDF avant de l'envoyer en fabrication
Envoyez-nous votre fichier avant le lancement : nous vérifions la norme, le profil de sortie, les fonds perdus, la résolution et les tons directs, et nous vous renvoyons la liste des points à corriger. Le retour vous parvient sous 24 heures ouvrées.