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Imposition et nombre de poses : pourquoi votre format coûte plus cher qu'il ne devrait

Publié le Mis à jour le 9 minutes de lecture

L'imposition est le plan de placement de vos pages sur la feuille de presse, et elle impose trois choses avant que le graphiste ouvre son logiciel : une pagination multiple de 4 pour tout document plié, un sens de fibre parallèle au dos, et une marge intérieure calculée à part de la marge extérieure. Sur un cahier épais, les pages centrales sont décalées vers l'intérieur, phénomène appelé chassé, qui peut atteindre plusieurs millimètres. Ignorer l'une des trois se paie en pages ajoutées ou en foliotage rogné.

L'imposition n'est pas une mise en page, c'est un plan de pliage

Beaucoup d'acheteurs croient que l'imprimeur reçoit un PDF de 16 pages dans l'ordre et l'imprime dans l'ordre. Ce n'est jamais le cas dès qu'un document est plié. Les pages sont réparties sur les deux faces d'une grande feuille dans un ordre calculé pour qu'après pliage et coupe elles se retrouvent dans le bon ordre et dans le bon sens. Sur un cahier de 16 pages piqué à cheval, la page 1 voisine la page 16, la page 2 voisine la page 15 : les deux pages qui se font face sur la feuille sont celles dont la somme des numéros est constante.

Ce plan s'appelle l'imposition, et c'est un travail d'atelier, pas de graphiste. Le graphiste, lui, livre un document en pages simples, dans l'ordre de lecture, avec les bons fonds perdus et les bonnes marges. Le mélange des deux est l'erreur la plus fréquente en prépresse : un fichier livré en planches doubles, pages 2 et 3 côte à côte, que l'atelier doit découper avant d'imposer. Un aller-retour et parfois un jour de délai de plus sur chacun de vos supports de communication.

La conséquence sur le prix est indirecte mais réelle. L'imposition détermine combien de feuilles de presse votre document consomme, et un document dont la structure ne tombe pas juste consomme des feuilles supplémentaires. Le mécanisme de comptage des poses sur la feuille est traité à part dans notre analyse du format de presse de l'atelier et de son effet sur le prix : ce qui suit porte sur l'autre moitié du sujet, ce que l'imposition impose au fichier lui même.

Feuilles imposées en cours de pliage dans un atelier de façonnage

Pourquoi une brochure se compte toujours par 4, et souvent par 8 ou 16

La règle est purement mécanique. Une feuille pliée une fois donne quatre pages : deux au recto, deux au verso. Il n'existe aucun moyen de plier une feuille pour obtenir un nombre de pages qui ne soit pas un multiple de 4. Une brochure de 14 pages n'existe donc pas : elle est produite en 16 pages, dont 2 restent blanches, et elle coûte le prix de 16 pages.

La règle des multiples de 4 est le plancher. Dans la pratique, les plieuses travaillent en cahiers de 8, 16 ou 32 pages, et le nombre de cahiers compte autant que le nombre de pages. Une brochure de 20 pages se compose souvent d'un cahier de 16 et d'un cahier de 4, soit deux passages de plieuse et deux opérations d'assemblage, là où 16 ou 32 pages tiennent en cahiers réguliers. C'est pourquoi ajouter des pages fait parfois baisser le prix : passer de 28 à 32 pages remplit des cahiers déjà payés.

La conséquence pour qui rédige le contenu est simple : la pagination se décide avant l'écriture, pas après. Et les pages blanches de fin ne sont pas gratuites, elles sont imprimées, pliées, coupées et transportées comme les autres.

Le sens de lecture et le sens de fibre : deux contraintes que le fichier ne montre pas

Le sens de lecture d'abord. Sur une feuille imposée, certaines pages sont placées tête-bêche, retournées à 180 degrés, pour que le pliage les remette à l'endroit. Sans incidence sur votre fichier tant qu'il est en pages simples et à l'endroit. Cela devient un problème dès que l'orientation change en cours de pagination, un tableau en paysage inséré dans une brochure en portrait par exemple : il faut dire à l'atelier dans quel sens le lecteur tourne le document, et cette information ne se déduit pas du PDF.

Le sens de fibre ensuite, et c'est le point le plus coûteux quand il est ignoré. La règle de métier est constante : la fibre doit être parallèle au pli et au dos. Un papier plié à contre fibre casse davantage, surtout dans les aplats foncés, et un cahier monté à contre fibre fait ressort, il reste entrouvert sur la table. Le sens se lit dans l'écriture du format : par convention, la dimension écrite en premier traverse la fibre, donc 70 x 100 et 100 x 70 ne désignent pas la même feuille. Ce point n'apparaît nulle part dans un fichier, il se décide à l'achat du papier. C'est une question à poser à l'atelier, jamais au graphiste.

Grand fond, petit fond : la marge intérieure n'est pas la marge extérieure

Le vocabulaire de métier est ici plus précis que celui des logiciels. Les quatre marges d'une page portent des noms distincts : le blanc de tête en haut, le blanc de pied en bas, le petit fond du côté de la reliure, et le grand fond du côté extérieur, celui de la gouttière. L'ensemble s'appelle le blanc tournant.

La confusion la plus fréquente est d'appliquer la même marge partout. Or sur un document relié, une partie du petit fond disparaît dans la reliure, absorbée par la couture, l'agrafe ou la colle du dos. Un texte cadré au ras du petit fond devient inconfortable à lire, et sur un dos carré collé illisible sans forcer l'ouverture du volume. La règle pratique est d'élargir le petit fond, jamais de l'aligner sur les autres.

Le tableau ci dessous rassemble les contraintes d'imposition qui ont un effet sur le fichier, et ce qui se passe quand elles ne sont pas respectées. C'est la liste à parcourir avant de valider une maquette.

Les contraintes d'imposition qui portent sur le fichier fourni, et leur conséquence en production. Les valeurs de fonds perdus et de zone de sécurité sont les repères usuels du prépresse français, à confirmer par l'atelier retenu.
Contrainte d'imposition Ce qu'elle impose au fichier Ce qui arrive si on l'ignore
Pagination multiple de 4 Arrêter le nombre de pages avant l'écriture, en multiples de 4 et de préférence de 8 ou 16 Des pages blanches ajoutées et facturées, ou un cahier de 4 pages supplémentaire à plier et à assembler
Pages simples, dans l'ordre de lecture Un PDF page par page, jamais en planches doubles, jamais pré-imposé Découpe manuelle du fichier en prépresse, aller-retour supplémentaire et délai décalé d'un jour ou plus
Fond perdu sur les quatre côtés 3 mm de débord au delà du format fini, images et aplats prolongés jusqu'au bord du débord Un filet blanc sur un bord après coupe, défaut non rattrapable sans réimpression
Zone de sécurité intérieure 5 mm minimum de texte écarté de la coupe, davantage côté petit fond sur un document relié Texte rogné au massicot ou avalé par la reliure, illisible sans forcer l'ouverture
Sens de fibre parallèle au dos Rien dans le fichier : une information à transmettre à l'atelier avec le format fini et le sens du dos Cahier qui fait ressort et ne se referme pas, casse de la couche imprimée au sommet des plis
Chassé sur cahier épais Ne rien compenser soi-même, mais écarter le foliotage et les éléments répétitifs des bords extérieurs Numéros de page rognés inégalement, marges extérieures visiblement différentes entre le début et le centre
Orientation mixte portrait et paysage Une note écrite précisant dans quel sens le lecteur tourne le document pour lire les pages en paysage Pages en paysage imprimées tête en bas après pliage, défaut découvert au bon à tirer ou après livraison
Couverture d'un dos carré collé Une couverture fournie à plat en un seul élément, avec la largeur du dos calculée sur le papier réel Dos décalé, titre du dos qui déborde sur un plat, couverture à refaire après calcul de l'épaisseur réelle

Vos brochures récurrentes ont peut-être été paginées sans jamais vérifier qu'elles tombent en cahiers réguliers. L'audit gratuit des coûts d'impression recompte la pagination et les cahiers de chaque support et chiffre ce que coûte, chaque année, une pagination qui tombe mal.

Le chassé : pourquoi les pages centrales d'un cahier épais sont décalées

Prenez une brochure piquée à cheval de 48 pages et regardez-la par la tranche : les feuillets du centre dépassent de ceux de l'extérieur. La raison est géométrique. Chaque feuille pliée s'emboîte dans la précédente et l'épaisseur du papier s'ajoute à chaque emboîtement, si bien que les feuilles proches du centre sont poussées vers l'extérieur. Sur une brochure épaisse, ce débord se compte en millimètres.

Ce phénomène s'appelle le chassé, ou chasse papier. Après le massicot, qui coupe la tranche d'un seul coup, les feuillets centraux ont perdu davantage de matière : la marge extérieure rétrécit vers le centre du volume, et un foliotage placé trop près du bord peut disparaître au rognage.

La correction s'appelle la compensation de chassé : l'atelier décale chaque page vers l'intérieur, d'une valeur croissante à mesure qu'on approche du centre, pour que les marges extérieures soient identiques après coupe. Elle se calcule sur l'épaisseur réelle du papier et n'est pas votre travail. C'est important : une compensation appliquée deux fois, une par le graphiste et une par l'atelier, donne un résultat pire que rien.

Ce que vous devez faire, en revanche, tient en une phrase : laisser assez d'air. Écartez le foliotage, les filets de bas de page et les éléments répétitifs d'au moins 5 mm des bords, davantage sur les fortes paginations, et prévoyez que la marge extérieure des pages centrales sera visiblement plus étroite que celle des premières pages sur un document épais. Le chassé ne se combat pas depuis le fichier, il s'anticipe par de la marge.

Les formats qui tombent bien, ceux qui tombent mal, et le cas où cela n'a aucune importance

Un format tombe bien quand il descend d'une division simple d'un format de feuille de presse existant. La logique se vérifie sans être imprimeur, en trois observations.

  • Les formats de la série A tombent presque toujours bien. Le A est construit pour que chaque division par deux donne le format suivant : A4, A5 et A6 se rangent par doublements successifs, sans couloir perdu, à plat comme en cahiers.
  • Un format qui dépasse de peu un format normalisé tombe mal. Quelques millimètres de plus qu'un A4 pour « faire différent » suffisent à perdre une pose entière, parce qu'une pose ne se coupe pas en deux.
  • Les formats carrés et allongés se jugent au cas par cas. Contrairement à l'idée reçue, un carré n'est pas systématiquement un mauvais élève : certains se rangent très bien, d'autres laissent une bande inutilisable. Il n'y a pas de règle générale, il y a une réponse par feuille de presse, à demander à l'atelier avant de figer la maquette.

Reste le cas où tout ce qui précède n'a aucune importance, et il faut le dire clairement. Sur un tirage court produit en numérique, l'optimisation de l'imposition ne vous rapporte pratiquement rien. Une presse numérique facture le passage de feuille, avec des frais fixes quasi nuls, et gagner une pose sur une feuille ne change le prix que d'une fraction du coût papier sur 300 exemplaires. Faire redessiner une maquette pour cela est une perte de temps et d'argent. L'imposition devient un levier économique à partir de tirages importants et récurrents, et elle reste toujours, quel que soit le tirage, une contrainte de fabrication : le multiple de 4, le sens de fibre et le petit fond s'appliquent à 100 exemplaires comme à 100 000.

Les questions à poser à votre graphiste avant qu'il ne commence

Posez-les avant l'ouverture du logiciel, dans cet ordre. Chacune coûte une minute au départ et évite un aller-retour de prépresse.

  • Combien de pages exactement, et est-ce un multiple de 4 ? Si le contenu impose 22 pages, la vraie question est de descendre à 20 ou de monter à 24, et cette décision appartient au contenu, pas à la maquette.
  • Le fichier sera-t-il livré en pages simples, dans l'ordre de lecture ? La réponse doit être oui sans exception. Aucune planche double, aucune tentative d'imposition, aucune couverture assemblée avec l'intérieur.
  • Quelle marge as-tu prévue côté reliure, et est-elle plus large que la marge extérieure ? C'est la question qui révèle immédiatement si le petit fond a été pensé ou simplement recopié des trois autres.
  • Le foliotage est-il à plus de 5 mm du bord de coupe ? Sur un document de forte pagination, c'est le premier élément que le chassé fait disparaître.
  • Y a-t-il des pages en orientation différente, et dans quel sens se lisent-elles ? Si oui, la réponse doit être écrite dans la commande et pas seulement dans la tête du graphiste.
  • Le format fini a-t-il été validé avec l'atelier, ou décidé seul ? Un format arrêté sans connaître la feuille de presse est le surcoût le plus régulier que nous constatons, et le plus facile à éviter. Nos repères de préparation d'un fichier d'impression détaillent les réglages qui en découlent.

Un dernier réflexe, plus efficace que tous les autres : demandez à l'atelier une maquette blanche, un exemplaire vierge plié et relié dans le papier retenu, avant de finaliser la mise en page. Elle donne l'épaisseur réelle du dos, l'ampleur du chassé et le comportement au pli, pour quelques jours de délai.

À retenir

Trois contraintes d'imposition tombent sur le fichier avant toute mise en page : une pagination multiple de 4, et de préférence de 8 ou 16 pour tomber en cahiers réguliers, un sens de fibre parallèle au dos, et un petit fond plus large que le grand fond sur un document relié. Le chassé, lui, se compense par l'atelier : votre travail est seulement d'écarter le foliotage d'au moins 5 mm des bords. La limite de tout ceci : sur un tirage court en numérique, l'optimisation d'imposition ne rapporte presque rien, alors que ces trois contraintes de fabrication, elles, s'appliquent toujours.

Faire valider une pagination avant de lancer la maquette

Envoyez-nous le format fini, la pagination envisagée et le papier pressenti : nous vérifions les cahiers, le sens de fibre et l'épaisseur du dos, et nous vous indiquons la pagination qui tombe juste. Un chiffrage à deux paginations vous parvient sous 24 heures ouvrées.

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