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Parc machines : pourquoi le format de presse de l'atelier détermine votre prix

Publié le Mis à jour le 8 minutes de lecture

Une presse imprime une feuille d'un format donné. On y place un nombre entier de poses de votre document, et tout ce qui reste est de la chute que vous payez. Passer de 8 poses à 6 poses sur la même feuille fait grimper le nombre de feuilles d'environ 33 pour cent, donc le papier et le temps machine. Le format de presse de l'atelier consulté, et non sa remise commerciale, décide de la plus grande partie de votre prix.

Votre prix se joue sur le nombre de poses, pas sur la remise

Un acheteur négocie un pourcentage. Un imprimeur, lui, regarde une feuille et compte combien de fois votre document tient dedans. Ce nombre s'appelle le nombre de poses, et c'est la variable la plus lourde de tout le chiffrage. Une presse offset feuille ne connaît qu'un seul format d'entrée, celui de la feuille qu'elle accepte. Votre document, quel qu'il soit, doit s'y ranger un nombre entier de fois. Sept poses et demie n'existent pas : on descend à sept, et la surface de la huitième part au massicot.

La conséquence est arithmétique et sans appel. Pour 10 000 exemplaires d'un document qui se pose 8 fois sur la feuille, il faut 1 250 feuilles. Pour le même tirage d'un document qui ne s'y pose que 6 fois, il en faut 1 667, soit environ 33 pour cent de plus. Ces 33 pour cent se retrouvent intégralement sur le papier acheté, sur le temps de roulage de la presse, sur le nombre de passages au massicot et sur le poids transporté. Aucune négociation commerciale ne rattrape cet écart, parce qu'il ne se situe pas dans la marge : il est dans la matière et dans les heures.

C'est aussi la raison pour laquelle deux ateliers honnêtes chiffrent le même cahier des charges à des prix très différents. Celui dont la presse tombe juste sur votre format vous répond bas, celui dont la presse laisse un couloir de chute vous répond haut, et aucun des deux ne se trompe. C'est le mécanisme qui explique l'essentiel de l'écart de prix entre deux devis d'impression, et c'est la raison d'être du travail de sélection décrit sur la page consacrée à notre réseau d'ateliers.

Feuille imposée en sortie de presse offset, avant coupe

Les formats de feuille courants et le nombre de poses qu'ils donnent

Quatre familles de format de feuille couvrent la quasi-totalité du labeur français. Le petit format, autour de 35 x 50 cm, le demi-grand format autour de 52 x 72 cm, le grand format 70 x 100 cm, et le très grand format autour de 102 x 142 cm. Un atelier possède rarement plus de deux de ces familles, et c'est précisément ce qui le rend bon ou mauvais sur votre travail.

Deux précisions avant de lire les chiffres. La feuille n'est jamais imprimable en totalité : la pince, qui saisit la feuille à l'entrée de la presse, mange de l'ordre de 8 à 12 mm sur un bord, et la barre de contrôle colorimétrique en consomme autant. La surface utile est donc inférieure au format vendu. Ensuite, un travail plié en cahiers n'obéit pas au même calcul qu'un travail à plat : le pliage impose une imposition en multiples de 4, ce qui interdit parfois une pose supplémentaire qui serait géométriquement possible. Un A4 se pose ainsi 8 fois sur une feuille 70 x 100 cm dans une imposition de cahier, alors qu'un calcul de surface pure en autoriserait 9.

Nombre de poses obtenu selon le format du document et le format de feuille de la presse. Ordres de grandeur de métier, en imposition courante, hors travaux à plat très serrés : le nombre exact dépend de la pince, de la barre de contrôle et du sens du papier.
Format fini du document Feuille 35 x 50 cm Feuille 52 x 72 cm Feuille 70 x 100 cm
A4, 21 x 29,7 cm 2 poses 4 poses 8 poses
A5, 14,8 x 21 cm 4 poses 8 poses 16 poses
A6, 10,5 x 14,8 cm 8 poses 16 poses 32 poses
A3, 29,7 x 42 cm 1 pose 2 poses 4 poses
Carré 21 x 21 cm 2 poses 6 poses 12 poses
Format généreux 24 x 32 cm 1 pose 2 poses 6 poses
Carte de visite 8,5 x 5,5 cm 24 à 32 poses 60 à 70 poses 120 à 140 poses

Lisez la dernière ligne du tableau en face de l'avant-dernière. Un document de 24 x 32 cm, à peine plus grand qu'un A4, perd deux poses sur une feuille 70 x 100 cm : 6 au lieu de 8. Ce centimètre et demi de plus en largeur coûte 33 pour cent de papier supplémentaire sur tout le tirage. À l'inverse, un format carré de 21 x 21 cm, souvent perçu comme un caprice de graphiste, se pose 12 fois sur la même feuille et se révèle plus économique qu'un A4 sur beaucoup de travaux à plat.

La chute, elle, ne disparaît jamais complètement. Sur une imposition correcte, comptez de l'ordre de 20 à 35 pour cent de la surface de feuille perdue en marges, en pince, en barre de contrôle et en découpe. Cette chute est facturée : le papier est acheté à la feuille entière, pas au document fini. C'est aussi pour cette raison que le choix du papier et celui du format ne se décident pas séparément, comme le rappellent nos repères de papiers, grammages et formats.

Le nombre de groupes d'encrage décide du nombre de passages

Deuxième variable du parc machines, invisible pour l'acheteur et déterminante pour le chiffrage : le nombre de groupes d'encrage de la presse. Un groupe imprime une couleur. Une quadrichromie, cyan, magenta, jaune et noir, en demande quatre.

Une presse quatre groupes imprime donc la quadrichromie d'une face en un seul passage. Pour imprimer l'autre face, la feuille doit repasser dans la machine : deuxième calage, deuxième roulage, séchage entre les deux. Une presse cinq groupes ajoute une couleur au même passage, c'est-à-dire un ton direct Pantone imposé par une charte, un blanc de soutien ou un vernis acrylique en ligne. Une presse huit ou dix groupes, dite à retiration, imprime les deux faces en quadrichromie dans un seul passage.

Effet du nombre de groupes d'encrage sur le nombre de passages et sur le prix, pour un travail en quadrichromie recto verso. Les durées sont des ordres de grandeur de métier, variables selon l'atelier et le papier.
Configuration de presse Ce qu'elle fait en un passage Conséquence sur votre prix
4 groupes Quadrichromie sur une seule face Deux passages pour un recto verso : deux calages, deux roulages, un temps de séchage intermédiaire
5 groupes Quadrichromie plus un ton direct Pantone ou un vernis, sur une face Le Pantone ou le vernis n'ajoutent pas de passage, seulement une plaque et une mise en couleur
6 groupes Quadrichromie plus deux tons directs, ou quadrichromie plus vernis et Pantone Une charte à deux Pantone reste en un passage, ce qui la rend nettement moins chère que sur une presse 4 groupes
8 ou 10 groupes, avec retiration Quadrichromie recto verso en un seul passage, avec ou sans vernis Un seul calage et un seul roulage : l'écart se creuse à mesure que le tirage augmente
Presse numérique feuille Quadrichromie recto verso sans plaque ni calage Sans objet côté groupes : le coût est à la feuille et ne baisse presque pas avec la quantité

Retenez la règle simple qui en découle : chaque passage supplémentaire ajoute un calage, un temps machine et un risque de repérage. Une couleur ajoutée sur une presse qui a le groupe libre coûte une plaque. La même couleur ajoutée sur une presse qui n'a plus de groupe disponible coûte un passage entier. La question n'est donc jamais combien coûte un Pantone dans l'absolu, mais est-ce que l'atelier consulté a le groupe libre pour le prendre.

Vos supports récurrents ont été dessinés avant de savoir sur quelle presse ils seraient produits. L'audit gratuit des coûts d'impression recalcule le nombre de poses de chacun sur les formats de feuille disponibles et chiffre ce que coûte, chaque année, un format mal ajusté.

La laize et la coupure : la même mécanique sur les presses rotatives

Au-delà de quelques dizaines de milliers d'exemplaires en forte pagination, le travail quitte la presse feuille pour une presse rotative, alimentée par une bobine et non par des feuilles. La logique du gaspillage y est identique, avec deux paramètres différents.

La laize est la largeur de la bobine. Elle est déterminée par la machine et par le choix du papetier, et le document doit s'y ranger en largeur, exactement comme sur une feuille. Un format qui laisse un couloir de 4 cm inutilisé sur la laize perd ces 4 cm sur toute la longueur du tirage, c'est-à-dire sur des kilomètres de papier.

La coupure, appelée aussi développement, est la longueur de papier déroulée à chaque tour du cylindre. Elle est fixe sur une rotative donnée. Votre format doit tomber dans cette coupure : s'il ne la remplit pas, la différence est perdue à chaque tour. C'est pour cette raison qu'un magazine ou un catalogue de gros tirage se conçoit en cahiers de 16 ou de 32 pages sur un format que la rotative sait produire sans perte, et non l'inverse. Le choix entre feuille et bobine relève de la même famille de décisions que le seuil de bascule entre offset et numérique : il se calcule, il ne se devine pas.

Gagner des poses en adaptant le format, et quand il ne faut surtout pas le faire

La bonne nouvelle est qu'un format se corrige, souvent pour un gain immédiat et sans effet visible. Trois leviers fonctionnent presque toujours.

  • Réduire le format fini de quelques millimètres. Un document ramené de 24 x 32 cm à 21 x 29,7 cm passe de 6 à 8 poses sur une feuille 70 x 100 cm. Personne ne remarquera la différence à l'oeil, et le papier baisse d'un tiers.
  • Faire chiffrer deux formats voisins. Demandez systématiquement le prix de votre format et celui du format normalisé le plus proche. L'écart, communiqué avant la maquette, permet un arbitrage documenté plutôt qu'un regret après coup.
  • Ajuster la pagination plutôt que le format. Passer de 28 à 32 pages ajoute quatre pages sur le même nombre de cahiers et coûte souvent moins cher que de faire produire 28 pages hors imposition.

Reste le cas où il ne faut pas le faire, et il est plus fréquent qu'on ne le dit. Le format d'un support fait parfois partie de son identité et de son efficacité, et l'économie de papier ne compense pas ce qu'on lui sacrifie.

  • Le format est une signature de marque. Un carré, un format allongé, un très petit livret reconnaissable à la main : ces choix sont une partie du message. Les aligner sur la feuille de presse pour gagner quelques points revient à payer l'économie avec la différenciation.
  • Le format est imposé par un usage physique. Une pochette qui doit recevoir un A4, un support qui doit entrer dans un présentoir, une enveloppe existante, un classeur, un emplacement en linéaire : la contrainte d'usage prime, et un format optimisé mais inutilisable coûte cent pour cent du budget.
  • Le support est déjà installé. Modifier le format d'un catalogue publié depuis dix ans casse la cohérence de la collection, oblige à refaire toute la maquette et à recomposer les gabarits. Le coût de reconception dépasse largement l'économie sur un tirage.
  • Le tirage est faible. En dessous de quelques centaines d'exemplaires, l'économie de papier se compte en très peu de feuilles. Optimiser un format pour 300 exemplaires est un mauvais emploi du temps de tout le monde.

La règle honnête est donc celle-ci : l'optimisation du format est un levier puissant sur les tirages importants et récurrents, et un levier négligeable ailleurs. Un prestataire qui vous demande de changer un format identitaire pour un tirage de 500 exemplaires optimise sa propre production, pas votre budget.

L'arbre de décision : cinq questions avant d'arrêter un format

Prenez les questions dans l'ordre. La première qui donne une réponse tranchée arrête la démarche, les suivantes deviennent sans objet.

  • Le format est-il contraint par un usage ou par l'identité de la marque ? Si oui, arrêtez ici : le format est une donnée d'entrée, et le travail consiste à trouver l'atelier dont la feuille tombe le mieux dessus, pas à modifier le support.
  • Le tirage dépasse-t-il 2 000 exemplaires par référence identique ? Si non, l'optimisation de format ne rapportera pas assez pour justifier une reconception. Concentrez-vous sur le papier et sur le procédé.
  • Combien de poses votre format donne-t-il sur 52 x 72 et sur 70 x 100 cm ? Faites poser la question aux ateliers consultés, et exigez la réponse chiffrée sur le devis. Deux devis qui n'annoncent pas le même nombre de poses ne décrivent pas le même travail.
  • Un format voisin ferait-il gagner une ou deux poses ? Faites chiffrer les deux. Un gain de 2 poses sur 8 représente environ 25 pour cent de papier et de temps machine en moins, ce qui se voit immédiatement sur un tirage important.
  • Le nombre de couleurs et de faces tient-il dans les groupes de la presse retenue ? Vérifiez qu'un Pantone de charte ou un vernis ne déclenche pas un passage supplémentaire. Si c'est le cas, un atelier équipé d'une presse six groupes rendra ce même Pantone quasiment gratuit.

Ces cinq questions se posent avant la maquette, pas après. Un format arrêté par un graphiste sans connaître la feuille de presse de l'atelier retenu est la source la plus régulière de surcoût que nous constatons, et c'est aussi la plus facile à éviter : elle ne coûte qu'un appel téléphonique au bon moment.

À retenir

Le prix se calcule sur le nombre de poses de votre document dans la feuille de presse, jamais sur une remise. Passer de 8 à 6 poses sur une feuille 70 x 100 cm augmente le nombre de feuilles d'environ 33 pour cent, et la chute normale représente déjà 20 à 35 pour cent de la surface. Exigez le nombre de poses sur le devis. La limite de la règle : elle ne vaut que sur les tirages importants et récurrents, et jamais contre un format qui porte l'identité du support ou une contrainte d'usage.

Faire recalculer le format de vos supports récurrents

Nous reprenons vos douze derniers mois de commandes, recalculons le nombre de poses de chaque support sur les formats de feuille disponibles et chiffrons le gain d'un format ajusté, dans un rapport écrit sous dix à quinze jours ouvrés. Pour un projet en cours, un chiffrage à deux formats vous parvient sous 24 heures ouvrées.

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