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Fichiers et couleur

Vectoriser un logo dans Illustrator, et quand il ne faut surtout pas le vectoriser

Publié le Mis à jour le 7 minutes de lecture

La vectorisation automatique d'Illustrator produit un tracé exploitable seulement si le fichier de départ est net, contrasté et suffisamment défini. Sur un logo récupéré dans une signature de mail, à 200 pixels de large, elle donne un résultat qui paraît net à l'écran et montre ses bosses dès qu'on l'imprime en grand format ou qu'on le passe en dorure. Dans ce cas, la bonne réponse n'est pas de mieux régler l'outil : c'est de redessiner, ou de récupérer le fichier source.

Étape 1 : partir du fichier de la plus haute qualité disponible

Avant d'ouvrir Illustrator, posez la question qui règle la moitié des cas : le fichier vectoriel existe-t-il ? Un logo créé par une agence ou un studio existe forcément quelque part en AI, en EPS, en PDF vectoriel ou en SVG. Le retrouver prend un mail ; le reconstruire prend une demi-journée. Réclamez-le à l'agence qui a créé l'identité, à l'ancien prestataire, ou dans les archives du service communication avant toute autre chose.

Si ce fichier est réellement perdu, cherchez le plus grand fichier matriciel disponible. Trois critères dans cet ordre : la taille en pixels, la netteté des bords, l'absence de compression visible. Un PNG à fond transparent de 2 000 pixels de large vaut infiniment mieux qu'un JPEG de 400 pixels, dont chaque contour est entouré d'un halo que l'algorithme prendra pour de la matière. Pensez aussi aux anciens PDF imprimés : s'ils contiennent le logo en vectoriel, il suffit de l'y récupérer et la vectorisation devient inutile.

Ne travaillez jamais depuis une capture d'écran, jamais depuis une image récupérée sur un site, jamais depuis un logo redimensionné vers le haut. Ces trois sources ont déjà perdu l'information que vous cherchez à reconstruire. Le format de fichier attendu par un atelier pour un logo est rappelé dans nos questions fréquentes sur la préparation des fichiers.

Illustration isométrique d'une chaîne de production en imprimerie

Étape 2 : régler la vectorisation d'image au lieu d'accepter le préréglage

La fonction s'appelle Vectorisation de l'image. Elle se lance depuis le menu Objet, et ses réglages s'affichent dans un panneau dédié, disponible dans le menu Fenêtre. Le bouton unique de la barre de contrôle applique un préréglage : c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire, parce qu'un préréglage est calibré pour une photo ou pour un croquis, pas pour votre logo.

Le premier choix est le mode. Un logo monochrome se traite en noir et blanc, avec un réglage de seuil qui détermine à partir de quelle valeur de gris un pixel bascule en noir : montez-le si les traits fins disparaissent, descendez-le si les contre-formes se bouchent. Un logo en aplats de couleur se traite en couleur avec une palette limitée, en indiquant le nombre exact de couleurs du logo, trois si le logo en compte trois. Laisser l'outil en couleur automatique produit quarante nuances au lieu de trois, et le nettoyage devient impossible.

Les options avancées portent sur la forme du tracé : la fidélité des tracés au contour d'origine, le traitement des angles, et le seuil de bruit, qui fixe la taille en dessous de laquelle une tache est ignorée. Sur un logo, montez le bruit pour éliminer les artefacts de compression et cochez l'option qui ignore le blanc, faute de quoi un rectangle blanc se génère derrière le tracé. Travaillez avec l'aperçu actif, et jugez à 400 pour cent : c'est là que les défauts apparaissent.

Étape 3 : décomposer le résultat pour obtenir des tracés modifiables

Tant qu'il n'est pas décomposé, le résultat n'est pas un vecteur : c'est un objet de vectorisation, un aperçu recalculé en direct à partir de l'image d'origine, que vous ne pouvez ni modifier point par point ni envoyer en production. La commande Décomposer le transforme en tracés réels ; elle est accessible dans la barre de contrôle ou dans le menu Objet, sous la même entrée que la vectorisation.

Immédiatement après, dégroupez et faites le ménage. La vectorisation crée presque toujours une forme de fond, blanche ou de la couleur du support d'origine, qui n'a rien à faire dans un logo destiné à d'autres fonds : supprimez-la. Vérifiez ensuite que les contre-formes, l'intérieur d'un O ou d'un anneau, sont bien des trous et non des formes blanches superposées, ce qui se voit instantanément sur un fond de couleur.

Étape 4 : nettoyer les points superflus et les tracés parasites

Un tracé vectorisé automatiquement compte souvent dix à vingt fois plus de points d'ancrage qu'un tracé dessiné. Ces points ne sont pas seulement inélégants : ils alourdissent le fichier, ralentissent le processeur d'image de l'atelier, et surtout ils font onduler des lignes qui devraient être droites.

La commande Simplifier, dans le sous-menu Tracé du menu Objet, réduit le nombre de points en cherchant le meilleur compromis avec la fidélité de la courbe. Les versions récentes affichent un curseur interactif avec un aperçu direct, et un accès aux options détaillées. Avancez par petites touches et surveillez les angles : au-delà d'un certain seuil, la simplification arrondit ce qui doit rester net. Complétez par la commande de nettoyage, dans le même sous-menu, qui supprime les points isolés et les objets non peints laissés par l'opération.

Vérifiez enfin le nombre de tracés. Un logo propre en compte quelques-uns, un logo vectorisé sans nettoyage peut en compter plusieurs centaines, dont des micro-formes invisibles à l'écran issues du bruit du JPEG de départ. Elles ressortent en découpe et en gravure.

Vous faites reprendre vos logos et vos fichiers avant chaque commande. L'audit gratuit des coûts d'impression reprend vos douze derniers mois et chiffre ce que ces reprises de prépresse vous coûtent en euros et en jours de délai.

Étape 5 : reconstruire à la plume les formes que la vectorisation a ratées

C'est l'étape que les tutoriels sautent, et c'est celle qui sépare un logo utilisable d'un logo approximatif. L'algorithme suit des pixels : il n'a aucune notion de cercle, de symétrie ni d'angle droit. Quatre défauts reviennent systématiquement.

Les cercles deviennent des ovales bosselés à trente points : redessinez-les à l'outil ellipse, en maintenant la contrainte de proportion. Les angles droits s'arrondissent : reprenez-les au rectangle. Les symétries se perdent, un côté n'étant jamais identique à l'autre : dessinez une moitié et faites-en une copie symétrique. Les épaisseurs de trait varient de quelques centièmes le long d'un même jambage, ce qui donne un rendu vaguement tremblé : redessinez le trait en tracé ouvert avec une épaisseur de contour fixe, puis vectorisez le contour si nécessaire.

Le contrôle est simple : superposez votre tracé au fichier d'origine agrandi, en réduisant son opacité, et regardez à 800 pour cent. Ce qui déborde n'est pas un détail, c'est ce que la dorure et la découpe vont souligner.

Étape 6 : retrouver la typographie exacte plutôt que vectoriser un texte pixellisé

Un nom de marque vectorisé automatiquement est reconnaissable à trois mètres : les empattements sont mous, les jonctions entre fût et courbe sont épaisses, et le crénage est celui, dégradé, du fichier pixellisé de départ. Il vaut toujours mieux recomposer le texte avec la vraie police.

Pour l'identifier, plusieurs voies. Demandez-la : elle figure dans la charte graphique si elle existe. Les versions récentes d'Illustrator proposent une fonction de reconnaissance de police, Retype, qui analyse une image ou un texte vectorisé et propose des correspondances, avec la réserve qu'elle a longtemps été diffusée comme fonctionnalité en test et qu'elle ne couvre pas tous les alphabets. Les moteurs d'identification typographique en ligne rendent le même service.

Une fois la police installée, recomposez le texte en caractères vivants, ajustez l'approche et le crénage sur le modèle d'origine, puis vectorisez le texte pour figer les contours. Attention : si la version d'origine comportait un dessin de lettre personnalisé, une jambe raccourcie ou un point remplacé, ce détail se redessine à la plume, il ne se retrouve dans aucune police.

Étape 7 : vérifier les couleurs en tons directs si la charte en impose

La vectorisation produit des couleurs quadri approchées, jamais les couleurs de la charte. Après nettoyage, chaque teinte du logo doit être réaffectée à une nuance nommée, unique, réutilisée sur tous les objets concernés : une seule nuance par couleur, pas quinze variantes à un pour cent près.

Quand la charte impose un ton direct, la nuance se déclare en ton direct dans le nuancier, avec sa référence exacte, et non en quadrichromie. Un point à connaître : depuis 2022, les catalogues Pantone ne sont plus tous préchargés dans les logiciels Adobe, seuls quelques nuanciers restant installés par défaut. Retrouver les autres suppose le module complémentaire de l'éditeur du nuancier. À défaut, créez la nuance manuellement en ton direct et nommez-la strictement comme la charte la nomme : c'est ce nom que l'atelier lit dans les séparations, pas la couleur affichée à l'écran.

Le contrôle final se fait dans le panneau d'aperçu de la séparation : il montre combien de plaques votre logo demande. Trois plaques quand vous attendiez un ton direct sur du noir signifie que la couleur est passée en quadri. Chaque ton direct supplémentaire est un passage machine et un calage de plus, comme le détaille notre page sur le façonnage et les finitions.

Quand il ne faut pas vectoriser, mais redessiner ou redemander le fichier

Voilà le passage qui compte. La vectorisation automatique ne restaure pas de l'information : elle interprète les pixels dont elle dispose. Sur un fichier de mauvaise qualité, elle produit un tracé qui paraît parfaitement net à l'écran, parce qu'un vecteur est toujours net, et dont les défauts sont figés dans la géométrie.

Ces défauts ne se voient pas sur une carte de visite en quadri. Ils se voient immédiatement dans trois situations. En grand format, où le logo passe de 30 mm à 2 mètres et où chaque bosse de contour est multipliée d'autant. En dorure à chaud, où l'outil suit exactement le tracé : une ondulation devient une ondulation de métal, sous une lumière rasante qui ne pardonne rien. En découpe et en gravure, où un micro-tracé parasite devient un trait de lame.

Dans ces cas, il n'y a que deux réponses honnêtes, et aucune des deux n'est un réglage. Redemander le fichier source à l'agence qui a créé l'identité, ce qui est un droit à faire valoir et prend en général quelques jours. Ou faire redessiner le logo à la plume, à partir du meilleur visuel disponible, par quelqu'un qui reconstruit les formes au lieu de les décalquer. Le tableau ci-dessous donne la règle de décision.

Quelle méthode selon la qualité du fichier de départ, et quel résultat en attendre. Les tailles en pixels sont des ordres de grandeur, à rapporter à la taille d'utilisation du logo.
Qualité du fichier de départ Méthode adaptée Résultat attendu
Fichier vectoriel existant, AI, EPS, PDF vectoriel ou SVG Aucune vectorisation : récupérer le fichier, vérifier les couleurs et les polices vectorisées Le logo d'origine, exact, exploitable sur tous les supports et toutes les finitions
Image nette, aplats francs, plus de 1 500 pixels de large Vectorisation réglée à la main, décomposition, nettoyage des points, reprise des cercles et des symétries Un tracé propre, utilisable en grand format après contrôle de superposition
Image moyenne, 600 à 1 500 pixels, légers artefacts de compression Vectorisation réglée puis reprise à la plume d'une bonne moitié des formes, typographie recomposée Correct en quadri sur supports courants, à contrôler avant dorure ou découpe
Image faible, moins de 600 pixels, halo de compression, contours flous Redessin complet à la plume, ou récupération du fichier source auprès de l'agence Sans objet en vectorisation automatique : le tracé obtenu serait faux dès l'agrandissement
Logo à dégradés, ombres ou effets de matière Reconstruction manuelle des dégradés, jamais de vectorisation automatique Variable selon la complexité : c'est un travail de graphiste, pas une conversion

Un fichier de logo propre se réutilise pendant des années et évite à chaque commande la reprise de prépresse et l'aller-retour de bon à tirer qui décalent un lancement de plusieurs jours : le travail se fait une fois, le gain se répète sur chaque tirage. Dès que le fichier est validé, archivez-le en vectoriel avec ses déclinaisons, monochrome, négatif, tons directs, et transmettez ce jeu à l'atelier plutôt qu'une image extraite d'une présentation, comme le rappelle notre méthode de cahier des charges d'impression.

À retenir

La vectorisation automatique n'invente pas d'information : au-dessus de 1 500 pixels de large et sur des aplats francs, elle donne un tracé propre après réglage manuel, décomposition, nettoyage des points et reprise des cercles à la plume. En dessous de 600 pixels, aucun réglage ne sauve le résultat : il faut redessiner ou redemander le fichier source à l'agence. La limite de cette règle est le support : un tracé approximatif passe en quadri sur une carte de visite, et se voit immédiatement en dorure, en découpe et en grand format.

Faire contrôler un logo avant un tirage à finition

Nous vérifions le tracé, les tons directs et les séparations avant de lancer une dorure, une découpe ou un grand format, et nous vous disons si le fichier tient la finition prévue. Un chiffrage vous parvient sous 24 heures ouvrées, contrôle du fichier compris.

DIFERANCE

Diferance Print est une filiale de Diferance

Diferance accompagne les entreprises sur toute leur communication, du logo à l'enseigne, du marquage de véhicule au site internet. Diferance Print en est la branche dédiée à l'impression et au façonnage.

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