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Gâche et tolérance de quantité : pourquoi vous ne recevez jamais exactement le tirage commandé

Publié le Mis à jour le 6 minutes de lecture

La quantité livrée diffère presque toujours de la quantité commandée parce que le calage consomme des feuilles avant la première feuille conforme : c'est la gâche. Les conditions générales en tirent une tolérance de quantité, en plus comme en moins, de quelques pour cent du tirage. Aucune norme ne fixe ce taux, il varie selon l'atelier et le façonnage. Commander 5 000 invitations pour 5 000 invités est donc une erreur.

La quantité livrée n'est pas une promesse, c'est une cible assortie d'une tolérance

C'est la découverte la plus désagréable de la réception : le bon de livraison indique 4 850 exemplaires quand le bon de commande en portait 5 000, et le devis n'en avait jamais parlé. La clause existe pourtant, dans les conditions générales de vente de l'imprimeur, sous l'intitulé tolérance de quantité. Elle n'est presque jamais reprise sur le devis, et c'est ce silence qui donne le sentiment de s'être fait avoir.

Il ne s'agit pourtant ni d'une pratique douteuse ni d'un abus isolé : la clause figure dans les conditions générales de l'ensemble de la profession, et elle traduit une contrainte réelle du procédé. Elle joue d'ailleurs dans les deux sens, en plus comme en moins, et une livraison excédentaire est aussi courante qu'une livraison déficitaire. C'est l'un des points que nous vérifions systématiquement au moment de l'audit des coûts d'impression, parce qu'une tolérance mal comprise se paie en réimpressions d'urgence.

Un mot de vocabulaire, puisque le client et l'atelier n'emploient pas les mêmes. Ce que vous appelez des exemplaires en plus ou en moins recouvre deux notions distinctes : la gâche, qui est la matière consommée en production, et la tolérance de quantité, qui est la conséquence contractuelle de cette gâche.

Feuilles imprimées défilant dans une presse pendant le calage

La gâche : ce que la presse consomme avant la première feuille conforme

Une presse ne délivre pas une feuille bonne dès la première. Le conducteur monte l'encrage, règle le repérage entre les groupes d'impression, ajuste la densité couleur par couleur, et fait défiler des feuilles jusqu'à obtenir la teinte de référence. Ces feuilles, appelées feuilles de passe, sont imprimées mais non conformes : elles partent au recyclage. C'est la gâche de calage.

Une seconde gâche s'ajoute à chaque opération de façonnage. Le massicot demande un réglage sur des feuilles d'essai, la plieuse aussi, la piqueuse également, et une chaîne de dos carré collé consomme encore quelques exemplaires avant que la colle soit à bonne température. Plus le support enchaîne d'opérations, plus la gâche cumulée augmente. C'est la raison pour laquelle une brochure pliée, assemblée et rognée a une tolérance plus large qu'un simple carton imprimé recto verso.

L'atelier compense en engageant plus de papier que la quantité commandée. Il vise juste, mais il vise : si le calage se passe mieux que prévu, il livre un peu plus, si un incident consomme davantage de feuilles, il livre un peu moins. Cette gâche ne fait pas l'objet d'une ligne de facturation distincte, elle est intégrée au coût de mise en route, lui-même facturé une fois par référence et par face, comme l'explique la quantité minimale pour un tirage offset.

Les ordres de grandeur de tolérance selon le type de production

Il faut le dire nettement : il n'existe aucun taux normalisé. Les valeurs ci-dessous sont des usages constatés, qui varient d'un atelier à l'autre et se lisent dans les conditions générales du fournisseur, jamais ailleurs. Elles servent à anticiper, pas à contester une livraison.

Ordres de grandeur de tolérance de quantité constatés selon le type de production. Ce ne sont pas des normes : chaque atelier fixe sa propre tolérance dans ses conditions générales de vente, et elle s'élargit avec la complexité du façonnage et se resserre quand le tirage augmente.
Type de production Ordre de grandeur de la tolérance usuelle Conséquence pratique pour l'acheteur
Numérique feuille, sans façonnage Quasi nulle, la quantité est en général exacte à l'unité C'est le seul procédé sur lequel une quantité exacte peut être tenue sans clause particulière
Offset feuille, support simple recto verso Faible, de l'ordre de quelques pour cent du tirage, en plus comme en moins Commander au-dessus du besoin strict, sans surcoût significatif tant que la quantité reste dans le même palier de prix
Offset avec pliage et rainage Plus large que sur un support simple, la plieuse ajoutant sa propre gâche de réglage Anticiper une livraison basse sur un dépliant destiné à un envoi nominatif
Brochure piquée ou dos carré collé La plus large, chaque opération de la chaîne de façonnage ajoutant sa gâche Ne jamais caler la quantité commandée sur un fichier d'envoi au nombre exact
Découpe à la forme ou finition spéciale Variable selon l'atelier, souvent élargie et négociée au cas par cas Faire écrire la tolérance sur le devis avant commande, elle n'est pas prévisible
Support numéroté ou à quantité contrainte Sans objet : la tolérance doit être exclue par une clause explicite Le surcoût de cette garantie doit apparaître au devis, il est réel

La conséquence pratique est simple et pourtant très souvent ignorée. Commander 5 000 cartons d'invitation pour un événement à 5 000 invités est une erreur de méthode : si la livraison arrive dans la fourchette basse, il manque des invitations, et une réimpression de 200 exemplaires coûte un nouveau calage complet pour une quantité dérisoire. La règle est de commander au-dessus du besoin strict, en prévoyant la tolérance basse, et de vérifier au passage que la quantité supérieure ne change pas de palier de prix.

Vous réimprimez régulièrement en urgence de petites quantités pour compléter un tirage ? L'audit gratuit des coûts d'impression chiffre ce que ces réimpressions vous coûtent réellement sur douze mois.

Non, une livraison inférieure au bon de commande n'est pas un abus

C'est le réflexe le plus fréquent et il est presque toujours infondé. Une livraison dans la tolérance prévue aux conditions générales est conforme au contrat, elle est facturée à la quantité réellement livrée, et une réclamation sur ce motif n'aboutira pas. Contester coûte du temps, dégrade la relation avec un atelier et n'améliore en rien la prochaine commande.

Trois situations sortent en revanche du cadre et méritent une réclamation immédiate, dans le délai prévu aux conditions générales. La facturation à la quantité commandée alors que la livraison est inférieure, car seule la quantité livrée est due. Un écart manifestement hors de la tolérance annoncée, sans explication ni information préalable. Et l'absence de toute mention de tolérance dans les conditions générales du fournisseur, qui prive la clause de fondement contractuel.

Le bon réflexe n'est donc pas de contester après coup, mais de vérifier avant de commander. La tolérance fait partie des points à comparer d'un fournisseur à l'autre, au même titre que le délai et les conditions de livraison, comme nous le détaillons dans la grille pour comparer trois devis d'impression.

Quand la tolérance n'est pas acceptable, et comment la faire encadrer au devis

Certains supports ne supportent aucun aléa de quantité, et il faut alors le dire avant la commande, pas à la réception. Quatre familles sont concernées.

  • Les supports numérotés. Billetterie, coupons, bons cadeaux, certificats, tickets de tombola : la numérotation est une donnée variable et une quantité approximative n'a pas de sens.
  • Les supports à quantité juridiquement contrainte. Documents remis à un nombre déterminé de destinataires, pièces à valeur probante, tirages limités numérotés et signés.
  • Les envois nominatifs. Quand le tirage alimente un fichier d'adresses, la quantité manquante se traduit directement par des destinataires non servis.
  • Les supports intégrés à un kit. Coffret, pochette ou dossier de presse assemblé : le composant livré en quantité basse bloque l'assemblage de l'ensemble.

Dans ces cas, la clause à obtenir est une quantité minimale livrée ferme, formulée comme un plancher et non comme une cible : l'atelier s'engage à livrer au moins la quantité indiquée, et l'excédent éventuel vous est livré ou détruit selon ce que vous précisez. Cette garantie a un coût, puisque l'atelier engage davantage de papier et de temps de presse pour la tenir. Ce coût doit apparaître au devis, et il se compare : il est presque toujours inférieur à celui d'une réimpression de complément.

Les quatre lignes à faire figurer sur le devis

Avant de signer, demandez que ces quatre points soient écrits noir sur blanc sur le devis lui-même, et non renvoyés aux conditions générales.

  • La tolérance de quantité applicable, en pourcentage et dans les deux sens, avec sa base de calcul.
  • La base de facturation, en précisant que seule la quantité réellement livrée est facturée.
  • La quantité minimale livrée, si votre support l'exige, avec le surcoût correspondant chiffré à part.
  • Le sort des excédents, livrés avec la commande, stockés ou détruits, ce qui évite une facture de transport ou de stockage non prévue.

Ces quatre lignes ne coûtent rien à demander et font partie des éléments dont l'absence se paie plus tard, au même titre que les autres postes recensés dans les coûts cachés d'une commande d'impression.

À retenir

La gâche de calage rend la quantité livrée approximative, et les conditions générales en tirent une tolérance de quantité en plus comme en moins, de quelques pour cent, qu'aucune norme ne fixe. La règle d'achat est de commander au-dessus du besoin strict et de vérifier la clause avant de signer. Sa limite : sur un support numéroté, nominatif ou à quantité contrainte, cette règle ne suffit pas, il faut faire écrire une quantité minimale livrée ferme et accepter son surcoût.

Faire encadrer la quantité livrée avant de commander

Nous négocions la tolérance et, quand votre support l'exige, la quantité minimale livrée ferme, puis nous contrôlons le bon de livraison à réception. Un chiffrage vous parvient sous 24 heures ouvrées, clause de quantité comprise.

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